somewhere

Somewhere

réal. sofia coppola, scénario sofia coppola, int. stephen dorff, elle fanning, chris pontius, lala sloatman, michelle monaghan, benicio del toro, maurizio nichetti. 2010, 98'. 3,5 pouces.

le synopsis
johnny marco (dorff) est un acteur célèbre et fortuné. il plaît aux femmes, exerce un métier de rêve, possède une belle voiture, vit dans un hôtel mythique de los angeles. mais…


… johnny marco ne sait pas quoi faire de sa vie…

l'avis
comme tous les films de coppola, celui-ci traite avant tout de la solitude. le premier, virgin suicides, le faisait avec beaucoup de gravité, les deux autres, lost in translation et marie-antoinette, abordaient le thème avec plus de légèreté. se sentir seul alors qu'on est entouré, aimé, adulé (parfois pour de mauvaises raisons). ce qui frappe chez les personnages de coppola (les soeurs de virgin étant l'exception), c'est qu'ils sont seuls mais pas désespérés. il y a toujours en eux une lueur d'espoir, un reste de force tranquille qui leur permet d'avancer.

somewhere s'attaque aussi au thème des apparences qui, comme chacun sait, sont souvent trompeuses. cet homme a tout pour lui mais ne sait pas où il va. derrière le "glamour", les femmes, les fans et les paillettes, sa vie est remplie de mille et un petits simulacres qui, assemblés, sont pourtant très loin de le rendre heureux. à noter deux séquences fortes qui illustrent bien l'ennui – par le vide et le silence – qu'éprouve le personnage. la première ouvre le film: une ferrari roule en circuit fermé sur une route sans décor. on ne voit et on n'entend que le bruit de l'accélération dans les (courtes) lignes droites. au bout de quatre ou cinq tours, la voiture s'arrête devant la caméra. un homme en sort et se tient à côté, comme emprunté. le premier thème est lancé: le vide du décor fait écho à celui de la vie du personnage. la seconde séquence est celle où johnny se rend à une séance de maquillage pour les effets spéciaux de son film. les maquilleurs lui demandent de rester totalement immobile pendant 40 minutes et recouvrent entièrement sa tête d'une pâte blanche. la caméra effectue un travelling ultralent, presque imperceptible, sur l'acteur tandis qu'on n'entend que sa respiration au travers des deux petits trous pratiqués sur le masque. le second thème émerge: le silence qui règne dans la pièce, symbole d'isolement, consécutif à "l'abandon" (momentané) des maquilleurs.

au fond, plus on entre dans l'intimité du personnage, et plus on se dit qu'on ne vivrait sa vie pour rien au monde. il s'ennuie, attend un appel de son agent, fait ce qu'on lui dit de faire pour la promo de son film, se divertit comme il peut (les pole dancers jumelles, la télé, sa voisine de palier), est lâché par sa femme, s'entend bien avec sa fille de onze ans qui vient lui rendre visite (ce qui traduit sans doute davantage l'immaturité du père que la maturité de la fille)…

sofia coppola souhaitait que ce film soit l'évocation poétique d'un moment dans la vie de cet homme. le titre (qui devait être provisoire) reflète la conscience qu'il a de devoir aller "quelque part", sans savoir où exactement. elle a bien sûr nourri le scénario de souvenirs personnels tout en se défendant d'avoir voulu faire un film autobiographique. après marie-antoinette, qui était pour elle une "grosse" production, on retrouve enfin la coppola qu'on aime pour ce qu'elle sait faire de mieux: des films intimistes, en demi-teinte, dépouillés, qui touchent davantage l'affect que l'intellect, et où la la bande originale tient un rôle prépondérant dans la création d'une atmosphère éthérée. qui plus est avec un scénario original (ce qui n'était pas le cas de marie-antoinette ni de virgin suicides).

anecdotes. le film a été tourné en partie au château marmont, prestigieux hôtel de los angeles chargé d'histoire, étroitement lié au monde du cinéma et situé sur sunset boulevard, où james dean auditionna pour la fureur de vivre et où john belushi fut retrouvé mort d'une overdose le 5 mars 1982. benicio del toro fait une très courte apparition dans laquelle il déclare avoir rencontré bono dans la chambre 59, celle que johnny occupe. quand cleo (fanning) parle littérature avec son père, on reconnaît l'allusion à twighlight. clin d'oeil au fait que l'adaptation cinéma est portée, entre autres, par dakota fanning, la grande soeur de elle, que stephen dorff a joué dans blade et que sofia coppola a été approchée pour réaliser le quatrième opus de la saga.

somewhere a remporté le lion d'or à venise l'an dernier, remis à la cinéaste des mains de tarantino qui présidait le festival, ce qui a créé la polémique vu la relation amoureuse qu'entretinrent jadis sofia et quènntinne (ne me lancez surtout pas sur le loustique ou je sors mon revolver)…

décidément, les films de sofia font à chaque fois un joli pied de nez à la déception. et moi j'applaudis des deux mains en hurlant "bravo!" tout en me levant de mon siège dans une standing ovation de derrière les fagots et en conseillant vivement ce film à tous les amoureux du genre… (oui, j'arrive à faire tout ça en même temps).