black swan

Black swan

réal. darren aronofsky, scénario mark heyman, john mclaughlin, chorégraphie benjamin millepied, int. natalie portman, vincent cassel, mila kunis, barbara hershey, winona ryder. 2010, 103'. 4 pouces.

le synopsis
danseuse du ballet de new york, nina sayers (portman) est obsédée par la discipline et la perfection. elle vit avec sa mère (hershey) et espère être choisie par son maître de ballet thomas leroy (cassel) pour interpréter…


… le double rôle du cygne blanc et du cygne noir dans la nouvelle version du célèbre ballet de tchaïkovski.

l'avis
c'est l'histoire d'une "petite" fille appliquée à faire plaisir à sa maman (une ex-danseuse qui a mis un terme à sa carrière pour élever sa fille), qui ne vit que par et pour la danse, qui souffre et se torture pour parvenir à la perfection technique (une recherche obsessionnelle qui peut se révéler très destructrice), mais qui, coincée dans sa discipline et les principes inculqués par sa toxique de mère, n'a pas compris que la perfection technique ne favorise pas forcément l'expression des émotions qu'un rôle exige. de plus, elle fait preuve d'une réserve naturelle que son maître de ballet juge impardonnable pour une danseuse de premier plan et incompatible avec l'exigence et la noirceur du rôle qu'elle prétend interpréter.

il va donc amener nina à se dépasser en choisissant de la confronter à la part sensuelle, presque animale, qu'elle cache au plus profond d'elle-même, une part sur laquelle, évidemment, elle n'exerce aucun contrôle. une perte de contrôle dans laquelle lilly (kunis), sa rivale potentielle, va également jouer un rôle crucial. une perte de contrôle qui va déclencher simultanément une perte de raison et une culpabilité vis-à-vis de sa mère, de son art et de sa discipline, se traduisant par des délires paranoïaques dans lesquels elle va détruire les causes de son mal être: sa sensuelle rivale fantasmée, les tableaux oppressants de sa mère, puis, logiquement, elle-même, ou plutôt sa faiblesse et son incompétence, qu'elle juge confusément responsables de tout.

à l'instar de beth (ryder), danseuse étoile adulée hier encore et qui finit, du jour au lendemain, ignorée, nina est promise au même destin, à savoir à un avenir brillant mais de (très) courte durée, l'âge venant toujours, dans ce genre de métier, beaucoup plus tôt qu'on ne croit et la relève se montrant toujours particulièrement agressive. paradoxe de la célébrité et du fameux "prix à payer". en fin de compte, l'histoire de nina se calquera sur celle des personnages qu'elle interprètera, finalement avec brio, sur scène.

habile, la mise en scène d'aronofsky instille un malaise permanent. son cadre toujours serré (accompagné d'un étalonnage assez cru qui donne au film une esthétique très réaliste) crée, de la première à la dernière image, une sorte de confinement claustrophobique, que ce soit dans l'appartement que nina partage avec sa mère, le métro, la rue, sur la scène ou dans les loges du lincoln center (où ont lieu les représentations du new york city ballet). ce cadre serré, souvent caméra à l'épaule, lui permet aussi de capter l'énergie, la sueur, la douleur et le talent des danseurs, mais également d'entrer dans le monde particulièrement fermé du ballet.

aronofsky donne aussi une place prépondérante aux miroirs (et pas seulement dans les salles de répétition). premièrement parce qu'ils font partie du travail des danseurs mais aussi parce que la relation qu'ils ont avec leur reflet fait partie intégrante de leur identité. cette présence constante (l'absence de caméra dans les reflets est surprenante) va finalement permettre au réalisateur d'introduire dans l'histoire une part de fantastique (le film se situant d'ailleurs à la croisée de plusieurs genres).

avec plus de trente films en dix-sept ans de carrière, âgée aujourd'hui d'à peine 30 ans, portman est définitivement une très grande comédienne (elle était splendide notamment dans brothers, jim sheridan, 2009). présente dans tous les plans, elle porte le film sur ses frêles épaules. elle se révèle totalement bouleversante dans ce rôle complexe. elle a  travaillé très dur pour être une danseuse de ballet crédible à l'écran: dix mois durant, à raison de cinq heures par jour. certes, dans les plans larges, on devine qu'elle est doublée (même chose pour kunis) et tant le réalisateur que le chorégraphe qui l'a fait travailler, bien conscients qu'il était impossible de transformer une actrice en première danseuse en quelques mois, ont cherché à la mettre en valeur en lui confiant des pas et des gestes qu'elle serait capable de faire et en choisissant des plans plus serrés. danseur étoile du ballet de new york, benjamin millepied (ça ne s'invente pas) est donc le chorégraphe du film. il interprète david, premier danseur de la compagnie et partenaire de scène de nina. pour l'anecdote, alors qu'il entraînait natalie portman pour le rôle, il est tombé amoureux d'elle (et elle de lui). total, ils se sont fiancés après la fin du tournage et l'actrice attend un bébé pour bientôt.

black swan est un film à voir sans attendre. et s'il n'y avait qu'un seul oscar à remettre cette année, ce serait à natalie portman qu'il reviendrait de droit.