le concert

Le concert

réal. radu mihaileanu, int. aleksei guskov, dimitri nazarov, valéri barinov, mélanie laurent, françois berléand, miou miou. 2008, 120'. 3,5 pouces.

le synopsis
il y a trente ans, à l'époque de brejnev, andrei filipov (guskov) était le plus grand chef que l'orchestre du bolchoï ait connu. destitué en plein concert pour avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami sacha (nazarov), il travaille…


… toujours au bolchoï… mais comme homme de ménage. un soir, alors qu'il astique le bureau du maître des lieux, il intercepte un fax du théâtre du châtelet à paris invitant l'orchestre pour un concert exceptionnel. filipov y voit une chance inespérée de prendre sa revanche sur le passé.

l'avis
je vous le dis tout de go, ce film est un petit bijou d'humour et d'émotion. c'est l'histoire d'une imposture – filipov fait passer une bande de saltimbanques, par ailleurs musiciens brillants, pour l'orchestre du bolchoï – doublée d'une revanche – il va enfin pouvoir trouver "l'absolue harmonie" que le pouvoir lui a refusé il y a 30 ans -, avec, en sous-intrigue, la révélation d'une vérité cachée – qui est anne-marie jacquet (laurent), violoniste virtuose que filipov veut absolument comme soliste et dont il conserve, à l'abri des regards, des photos et des disques?

le thème du film – l'accomplissement du destin – repose sur un levier dramatique connu: il faut savoir prendre des risques. car sans risque pas d'action, sans action pas de tension dramatique, sans tension pas de dénouement. le personnage prend donc des risques fous (il ment, entraîne ses amis dans une aventure dont il ne connaît ni ne maîtrise l'issue) au nom d'un idéal inabouti, par pur égoïsme au fond, lui dira la violoniste lors d'un dîner en tête-à-tête.

le film évoque aussi la terreur que le régime totalitaire de brejnev avait mise en place, bâillonnant les intellectuels et les minorités – juifs, mais pas seulement – qui refusaient de se soumettre à son autorité ou pouvaient la compromettre. il évoque les destins brisés de gens originaires des pays de l'est et le traumatisme qu'un simple geste – en l'occurrence l'éviction d'un chef d'orchestre – a pu causer à toute une génération.

lors du dernier quart d'heure du film, malheureusement, le scénario sacrifie la crédibilité sur l'autel de l'efficacité dramatique. impossible en effet de croire que des gens qui n'ont pas joué ensemble depuis trente ans et qui n'ont pas répété une seule fois avant le concert, si doués soient-ils, sonnent comme le bolchoi au bout de trois minutes de représentation. impossible d'avaler qu'une violoniste virtuose dise non (de manière aussi catégorique) la veille du concert pour se retrouver sur scène le lendemain soir (et en plus sans avoir répété). impossible de croire en la gestuelle du chef et de sa soliste, bien trop calme et détachée pour une partition de cette difficulté qui exige un engagement du corps tout entier. impossible enfin de gober que la violoniste, pour virtuose qu'elle soit, puisse interpréter par choeur une partition d'une incroyable complexité sans en connaître le compositeur, et surtout en l'ayant découvert quelques heures seulement avant le concert.

mais qu'importe. ön pardonne ces faiblesses car l'émotion est là et c'est finalement le principal. l'histoire est belle et les personnages sont touchants. un moment de cinéma rare.

il est intéressant de constater que l'imposture est un thème cher au réalisateur, dont le père, qui s'appelait buchman, a dû changer de nom pour survivre aux régimes nazi et stalinien. du coup, il y a toujours eu chez lui un conflit identitaire, qu'il vit positivement aujourd'hui, mais qu'il ne peut s'empêcher de transcrire dans ses films et ses personnages.

le tournage s'est déroulé en roumanie (les autorisations pour filmer en russie étant très difficiles à obtenir) et à paris. la séquence du concert a entièrement été tournée dans le théâtre du châtelet. totalement inconnu du grand public français, aleksei guskov est pourtant une star dans son pays. il a joué dans plus de 70 films et enseigne l'art dramatique.