rapt

Rapt

réal. lucas belvaux, int. yvan attal, anne consigny, andré marcon, françoise fabian. 2009, 125'. 3,5 pouces.

le synopsis
capitaine d'industrie, homme de pouvoir, stanislas graff (attal) est enlevé devant son hôtel particulier, un matin comme les autres, par des truands qui réclament 50 millions d'euros.

l'avis
intéressant, l'angle par lequel le réalisateur-scénariste attaque le problème. certes…


… il montre la violence de la détention et ses tensions obligatoires. mais son propos est ailleurs. sur le thème des "absents ont toujours tort", il met en scène la destruction irrémédiable et totale de la vie d'un homme, pourtant puissant, pourtant respecté, pourtant aimé. par les media, et plus particulièrement la presse à scandale, qui s'acharnent sur sa vie privée, révélant ses maîtresses et ses dettes (exagérées) de jeu.

des media qui sèment le doute à force d'étalage. si bien que, très vite, un amalgame dangereux se fait jour dans l'esprit de tous entre son penchant pour le jeu et sa capacité à gérer son groupe, entre sa fortune personnelle et les actifs de sa société, entre ses incartades extra-conjugales et l'amour qu'il porte à sa femme et à ses deux filles.

de plus, les ravisseurs exigent une rançon que son groupe refuse de payer, prétextant qu'il est préférable d'attendre que les malfrats se lassent, au péril de la vie de son président, et que sa fortune personnelle, que la famille croyait plus élevée, ne peut assumer.

sa détention ne dure que deux mois. deux mois de souffrance de part et d'autre (il est amputé d'un doigt pour la demande de rançon et tant sa famille que son groupe se retrouvent du jour au lendemain sous le feu des projecteurs). deux petits mois qui vont suffire à miner inexorablement la confiance que tous lui portaient hier encore.

si bien que la véritable question que pose le film n'est pas tant celle de la captivité que celle de la libération, du retour, de l'"après". comment continuer à vivre avec une famille qui vous considère avec méfiance? comment continuer à diriger une société qui vous a déjà mis à l'écart? comment retrouver honneur et confiance quand on vous a dénié, pendant votre absence, la possibilité même de vous défendre, et qu'on ne vous l'accorde pas davantage à votre retour?

hier encore tout en haut de l'échelle, accablé de toutes parts, même par ses anciens ravisseurs qui le poursuivent après sa libération, le personnage va dégringoler et tout perdre en très peu de temps (tout sauf sa dignité).

un film qui fait froid dans le dos et qui rappelle, si besoin est, à quel point l'équilibre et le confort (moral ou matériel) que nous tenons pour acquis dans la vie sont fragiles. un film porté tout entier par un yvan attal magnifique, comme d'habitude, qui campe un personnage ni sympathique ni antipathique et qui a perdu 20 kilos pour les besoins du rôle. un sacrifice qui rend le personnage totalement crédible à l'écran. le film a d'ailleurs remporté les césars 2010 du meilleur film et du meilleur réalisateur.

lucas belvaux est le frère de rémy, qui réalisa en 1992 c'est arrivé près de chez vous, avec benoit poelvoorde dont c'était le premier rôle.