une minute de silence

Mario monicelli

mario monicelli est mort. lundi 29 novembre au soir. il s'est jeté par une fenêtre du service d'urologie de l'hôpital romain où il était soigné pour un cancer de la prostate. il avait 95 ans.

une manière de s'en aller pas drôle du tout, c'est le moins que l'on puisse dire, pour celui qui fut, dans les années 1950 et 1960, l'un des maîtres de la comédie à l'italienne, avec d'autres grands metteurs en scène comme…


eduardo de filippo (naples millionnaire, 1950), luigi comencini (pain, amour et fantaisie, 1953, la grande pagaille, 1960), vittoria de sica (miracle à milan, 1951), dans une moindre mesure mastrocinque (totò, peppino e la malafemmina, 1956), et surtout dino risi (le fanfaron, 1962, les monstres (1963)).

plus de 40 films à son actif, dont quelques sketches dans des films qui firent fureur lors de leur sortie (notamment les nouveaux monstres, 1977) et de nombreuses récompenses marquent la carrière d'un cinéaste majeur qui savait, mieux que quiconque, raconter l'histoire avec un grand "h" à travers des petits personnages ordinaires (la grande guerre, 1959, et le rose del deserto, 2006, son dernier film) et traiter sous forme de comédie des sujets fondamentalement tragiques. "on a fini par se rendre compte que nos comédies étaient peut-être plus engagées que bien des films sérieux. parce que c'est au fond la meilleure manière de regarder la société de manière critique.", a-t-il déclaré un jour.

né en 1915 en toscane, monicelli signe en 1958 la comédie qui le fera passer à la postérité – i soliti ignoti (le pigeon en français), son chef-d'oeuvre. farce drôlissime mettant en scène d'authentiques imbéciles, désespérés et incompétents, à la recherche d'un "gros coup", ce film marque un net virage dans le style comique transalpin: féroce et tendre à la fois, avec un contenu narratif très abouti permettant de dresser un portrait au vitriol d'un pays complexe et plein de contradictions, mais aussi très attachant.

ce nouveau courant est servi par une ribambelle d'acteurs formidables, hélas tous disparus aujourd'hui, et dont les figures de proue furent l'immense vittorio gassman (dont la carrière cinématographique et théâtrale excédait de très loin les personnages comiques, magnifiques de suffisance mais aussi de bêtise, qu'il interpréta à cette époque), alberto sordi (l'archétype du romain, vantard et un peu lâche), nino manfredi (spécialiste des personnages grotesques, voire monstrueux), ugo tognazzi (abonné aux rôles de maris adultères ou trompés) et aussi, dans une moindre mesure, marcello mastroianni qui inséra dans sa très riche carrière quelques rôles de candides manipulés.

mario monicelli sera resté maître de son destin, en lui faisant au passage un dernier pied de nez…