antichrist

Antichrist

scénario et réal. lars von trier, int. charlotte gainsbourg, willem dafoe. 2008, 104'. 2,5 pouces.

le synopsis
hanté par la perte de leur enfant, un couple s'isole dans leur chalet de montagne pour tenter de faire le deuil et se reconstruire…


l'avis
une grosse provocation, précédée, lors de sa projection à cannes en 2009, d'une forte odeur de soufre. une provocation sur fond d'expérience personnelle puisque von trier suivait une thérapie à l'époque suite à une dépression. une provocation où se mêlent crudité et cruauté, et que la critique est loin d'avoir suivie, tirant à boulets rouges sur un réalisateur pourtant respecté.

l'histoire est relativement linéaire – un couple perd son enfant dans des circonstances particulièrement culpabilisantes (ils étaient en train de faire l'amour au moment du drame) et doit affronter l'épreuve du deuil en passant par trois phases qui constituent d'ailleurs la structure du film. lui (dafoe), psychothérapeute, ne souffrant curieusement que pendant la scène de l'enterrement, prend en main l'accompagnement de sa femme. puisqu'elle (gainsbourg) a passé avec l'enfant, juste avant qu'îl ne meure, quelques semaines dans leur chalet de montagne du nom d'eden (une jolie antiphrase puisque l'endroit se révélera l'antichambre de l'enfer), il lui propose d'y retourner pour affronter ses peurs en les exorcisant. le mot est lâché. car c'est bien de sorcellerie qu'il s'agit. elle conduisait des recherches sur la grande chasse aux sorcières qui fit des dizaines de milliers de mort(e)s en europe. et à force de lire sur le sujet, elle en est, en quelque sorte, devenue une elle-même, pleine de maléfices et de haine. dès lors, le discours du mâle protecteur et rassurant perd toute sa force face à la symbiose de la femme avec la nature (le second "t" d'"antichrist" n'a-t-il pas, sur l'affiche, la forme du miroir de vénus, symbole de la féminité?).

et von trier, qu'on dit misogyne, de révéler son intention: faire d'antichrist un manifeste qui justifie tous les martyrs infligés à ses personnages féminins de ses films précédents – emily watson dans breaking the waves (grand prix du jury, cannes 96, et césar du meilleur film étranger), björk dans dancer in the dark (palme d'or et prix d'interprétation féminine 2000) ou nicole kidman dans dogville, et du coup à toutes les femmes depuis des siècles. on peut effectivement ne pas adhérer à un tel discours.

malgré une beauté formelle époustouflante quoiqu'un peu vaine (notamment la séquence d'ouverture en noir&blanc avec usage, jusqu'à l'abus, du ralenti ou certaines plans dans cette forêt menaçante, toujours au ralenti), le film ne brille finalement pas tant par son propos que par la performance de ses deux interprètes, et surtout de charlotte gainsbourg, hallucinante d'intensité et amenée par le réalisateur à faire des choses qu'on eût jamais cru qu'elle pût faire. notamment lors de la scène de la masturbation. une petite charlotte au corps si frêle et à la voix si fragile, qui a tout de même remporté le prix d'interprétation féminine à cannes 2009. et elle ne l'a pas volé, celui-là, même si elle déclare aujourd'hui avoir un peu honte de certaines scènes. vu le voyeurisme imposé sur cette violence dérangeante, on peut comprendre.

au final, on sort de la projection un peu dégoûté (c'était le but du réalisateur) et un peu perplexe (c'était pas le but du réalisateur) avec une question: mais où voulait-il en venir?

lars von trier (de son vrai nom lars trier, il a ajouté le "von" durant ses études de cinéma) est en post-production de son dernier film – melancholia -, tourné en suède et en allemagne avec kirsten dunst, charlotte gainsbourg (encore elle), kiefer sutherland, charlotte rampling et udo kier. on se réjouit.