le ruban blanc

Le ruban blanc

réal. et scénario michael haneke, int. christian friedel, ernst jacobi, leonie benesch, susanne lothar, ulrich tukur. 2009, 144'. 4 pouces.

le synopsis
dans un petit village du nord de l'allemagne, peu avant la première guerre mondiale, la vie est bien réglée. mais des événements de plus en plus graves, causés par des membres de la communauté sans qu'on puisse les démasquer, troublent la quiétude des habitants et remettent en cause l'ordre établi.

l'avis
le pasteur du village fait régner dans son foyer et sur le village une sorte de…


… terreur morale que personne ne songe à remettre en question. il inculque à ses enfants des principes qu'il érige en valeurs absolues, les punissant sans concession à la moindre incartade ou les récompensant, s'il les estime dans le droit chemin, d'un ruban blanc, symbole de pureté. or, qu'il soit politique ou religieux, l'absolutisme finit par prendre un caractère inhumain, dans le sens qu'il tend à abolir l'une des qualités fondamentales de l'être humain: son libre arbitre. comment les enfants intègrent-ils cet intégrisme et quelles en sont les conséquences? en finissant par se prendre pour la main droite de dieu (un titre que haneke avait tout d'abord envisagé). ils en ont compris les lois et, les appliquant à la lettre, deviennent les punisseurs de ceux qui ne vivent pas selon leurs principes, au nom d'une vérité qu'on leur a présentée comme la seule. ce n'est pas autrement que naissent le terrorisme et le fascisme, conséquences directes de l'extrémisme.

quoi qu'il en soit, ce film extrêmement dérangeant (palme d'or à cannes en 2009, faut-il le rappeler) raconte les dangereuses dérives d'une microsociété (cela aurait pu être un pays tout entier, mais un milieu confiné est évidemment bien plus frappant) où le sadisme est de mise (le père donnant rendez-vous le lendemain soir à ses enfants pour les punir avec une verge – et le mot n'est pas innocent), où le mépris de la femme est de rigueur (le médecin humiliant la sage-femme, sa maîtresse), où les secrets ne sont pas rares (le médecin a-t-il tué son épouse avec la complicité de sa maîtresse? le fils de cette dernière est-il l'enfant du premier?) et où la haine de la différence perce sous de parfaites éducations (le fils du baron, pourtant seigneur des terres, ne porte-t-il pas les cheveux longs et le fils de la sage-femme n'est-il pas handicapé?). les exemples sont nombreux tant le scénario est dense.

habitué à jouer avec les faux-semblants et habile à dissimuler une effroyable violence derrière des apparences tranquilles (funny games, 1998, la pianiste, 2001, caché, 2005), haneke utilise ici un langage cinématographique plutôt inédit dans sa filmo (si je ne m'abuse), mais qui multiplie par dix la radicalité de son discours. ainsi, outre le contexte (l'époque et le lieu), qui traduit déjà l'idée d'austérité sans qu'un seul mot ne soit prononcé, notons, entre autres: le choix du noir & blanc, la lenteur de la mise en scène, les plan fixes et larges, installant de fait une distance avec les personnages, mais aussi avec l'histoire (tout le film est raconté des années plus tard par l'instituteur devenu narrateur), l'absence totale de musique (à part celle qui est jouée ou chantée dans le film), même pendant le générique de fin. un dépouillement formel qui n'est pas sans évoquer dogme95 des scandinaves von trier et vinterberg, mais dont haneke ne se sert ici que pour appuyer son propos.

dans la version originale, le film possède un sous-titre – das weisse band, eine deutsche kindergeschichte (une histoire d'enfants allemande)qui n'apparaît pas dans la version française et qui, par contraste avec le sentiment d'innocence qu'il induit, rend l'ensemble encore plus terrifiant. en outre, l'affiche du film est édifiante. on y voit un jeune garçon portant à son bras le fameux ruban blanc, des larmes coulant sur ses joues. fascinant paradoxe de l'enfant malheureux qui fait pourtant la fierté de l'adulte qu'on devine en contre-champs, et qui se livre intérieurement à une violente lutte contradictoire entre l'acceptation et le refus des principes qu'on lui inculque, mais qui n'a ni choix ni point de comparaison.

au final, ce simple ruban blanc, voulu comme symbole de droiture, devient donc aussi, par l'interprétation excessive que lui prêtent certains fanatiques persuadés d'être dans le vrai, la source des pires atrocités. un film apparemment simple par sa forme mais très puissant par les questions qu'il soulève. et qui occupe encore l'esprit, longtemps après la fin du générique.