les vies privées de pippa lee

Les vies privées de pippa lee

réal. rebecca miller, int. robin wright penn, alan arkin, winona ryder, julianne moore, maria bello, keanu reeves, monica bellucci, blake lively. 2009, 93'. 2,5 pouces.

le synopsis
à l'approche de la cinquantaine, une femme mariée (wright penn) au passé agité mais au présent bien rangé décide de changer de vie.

l'avis
pas assez mauvais pour être nul, pas assez bon pour être mémorable, les vies privées est un film en demi-teinte. c'est voulu, me direz-vous, mais…


… c'est chiant quand ce n'est pas maîtrisé, vous répondrai-je. du coup, c'est mou. la demi-teinte doit porter en elle la promesse, paradoxale mais obligatoire, d'un drame à éclore, d'une tension à dégonfler, bref d'un ailleurs narratif, si j'ose dire, c'est-à-dire d'un propos qui vous prend par la main pour vous emmener quelque part. la scénariste eût pu nous raconter dix histoires intéressantes avec son matériau de base. le hic, c'est qu'elle ne développe franchement, ou jusqu'au bout, aucune des pistes qu'elle suggère. il y a ainsi des demi-teintes bien plus percutantes que celle-là. virgin suicides était à cet égard à mille lieues au-dessus. j'en conviens, la comparaison n'est pas très fair-play pour les vies privées, le suicide consécutif d'adolescentes d'une même famille étant un sujet autrement plus choquant que le "réveil" d'une cinquantenaire qui s'ennuie, réveil auquel on peine d'ailleurs à adhérer, tant notre empathie avec le personnage qu'interprète (avec beaucoup de sensibilité, du reste) robin wright penn est proche du tracé plat.

alors oui, le casting est impressionnant. mais depuis quand le casting fait-il la qualité d'un film? certes, ils sont tous très bien: julianne moore en lesbienne perverse qui dévergonde une pippa jeune (lively), monica bellucci en ex-femme désespérée mais élégante (par ailleurs à baffer avec sa diction trop appliquée car elle se double elle-même), winona ryder en maîtresse hystérique et paumée, alan arkin en éditeur new yorkais qui n'accepte pas son âge, maria bello en mère de famille bipolaire et droguée et keanu reeves en semi-bad boy qu'on s'attend à chaque minute à voir partir en vrille et puis rien.

au fond, c'est peut-être là que réside le "défaut" de ce film. on attend des tas de choses… et puis rien. l'attente est toujours déçue, la mise en scène est un peu molle, cette fameuse demi-teinte que la réalisatrice, qui signe aussi le scénario (au départ ce devait être un roman), impose comme une subtilité, une atmosphère, finit par devenir barbante.

reste robin wright penn, sublimissime, bouleversante à chacun de ses regards, émouvante à chacun de ses sourires, habitée d'une sorte de grâce naturelle, qui porte le film sur ses frêles épaules et qui vaut à elle seule que l'on voit ce film. robin wright penn est décidément, quel que soit le rôle, une actrice et une femme magnifique et sous-employée (bon, c'est aussi, paraît-il, un choix de sa part). ok, je ne suis pas objectif du tout. je persiste même, en l'occurrence, dans le subjectivisme le plus assumé. et je signe.