le hérisson

Le hérisson

réal. mona achache, scénario mona achache d'après le roman de muriel barbery, int. josiane balasko, garance le guillermic, togo igawa, anne brochet, wladimir yordanoff, ariane ascaride, valérie karsenti. 2009, 100'. 3,5 pouces.

le synopsis
renée michel (balasko) est concierge dans un immeuble bourgeois de paris. et comme beaucoup de concierges, elle est vue par les locataires davantage comme un objet que comme une personne. or une fois de plus, les apparences sont trompeuses et il suffira de deux rencontres, l'une avec une fillette brillante mais suicidaire (le guillermic), l'autre avec un nouveau voisin japonais (igawa) pour que change sa vie.

l'avis
je sais, je sais,…


… ce film n'est pas des plus récents mais, pour répondre à la question récente d'une copine, il faut tout de même que je dorme de temps en temps.

au fond, le hérisson est une histoire de regards, mais moins de ceux que l'on porte avec les yeux que de ceux que l'on pose avec le coeur.

celui de renée, tout d'abord, dans le rôle-titre, "inapprochable" à force d'être solitaire et sauvage, 54 ans, dont 27 de gardiennage, veuve depuis 15 ans et lectrice cultivée, qui observe les locataires sans les juger, des locataires qui la voient sans la regarder, et qui va se retrouver regardée à son tour, mais pour la première fois pour ce qu'elle est.

celui de paloma, ensuite, 11 ans, brillante et suicidaire, donc, qui redoute et refuse le monde des adultes – "ne pas finir dans un bocal à poissons" – en décidant de se suicider le jour de ses 12 ans. une caméra se substitue alors à son propre regard. elle filme ce qui l'entoure pour laisser, dit-elle, une sorte de testament posthume. en fait, cette distance à peine confortable que lui offre l'appareil lui permet de mieux supporter ce que le monde des adultes impose à son coeur d'enfant trop mûre et trop intelligente pour son âge.

celui de ses parents (brochet et yordanoff formidables), des bourgeois empêtrés dans des principes moraux bateau et tentant, avec un humour à côté de la plaque, de sauver les apparences devant l'intelligence désarmante de leur fille.

celui de monsieur ozu, enfin, le nouveau locataire japonais, empreint de tolérance, de philosophie et d'humanité, qui "voit" donc les êtres pour ce qu'ils sont. élégant et riche, il se rapproche de renée car il a vu en elle, pour mieux lui respirer le coeur, comme aurait dit cyrano. et celle qui regardait va être "vue". à tel point que, par contraste, le regard des locataires va nous apparaître dans toute son absurdité et sa bêtise. édifiante à ce propos est la scène où renée sort dîner avec monsieur ozu, avec sa nouvelle coiffure et sa nouvelle tenue. une locataire – une femme "très bien" – la salue avec élégance. abasourdie, renée à ozu: "elle ne m'a pas reconnue". ozu: "c'est parce qu'elle ne vous a jamais vue". dialogues subtils chargés d'une émotion que souligne magnifiquement la musique de gabriel yared, qui signa jadis celle de 37,2° le matin (86) ou du talentueux mr ripley (99).

le hérisson est aussi l'histoire de trois solitudes qui n'attendent que de réapprendre à vivre: celle d'un amour improbable mais possible, d'un côté, et de l'autre celle d'une petite fille qui va réaliser que c'est paradoxalement ce à quoi elle aspire tant, la mort elle-même, c'est-à-dire l'absence définitive de ceux qu'on aime, qui va finalement lui faire aimer la vie.

une jolie leçon, mais pas de morale, portée comme disent les mauvais critiques comme moi par des acteurs épatants, et qui m'a, du coup, donné envie de me plonger dans le roman. à voir avec les bons yeux, forcément.