into the wild

Into the wild

réal. sean penn, scénario sean penn d'après le roman de jon krakauer (voyage au bout de la solitude en français, 1996), int. emile hirsch, william hurt, marcia gay harden, hal holbrook, kristen stewart, vince vaughn. 147', 2007. 3,5 pouces.

le synopsis
sortant diplômé de l'université à 22 ans, christopher mccandless (hirsche) a tout pour réussir mais rejette les principes de la société. se faisant appeler alexander supertramp, il part en quête de vérité, à travers l'isolement et la solitude, mais aussi parfois à travers des rencontres essentielles, au cours d'un voyage qui le conduira durant deux ans en arizona, en californie et au mexique,…

… pour se terminer en alaska.

l'avis
oui je sais, ce film n'est pas récent mais je viens de le voir (enfin!). l'histoire de ce jeune américain s'est réellement déroulée de 1990 à 1992. parallèlement à la sortie du film, reposant sur le roman de krakauer, un documentaire signé ron lamothecall of the wild – retrace l'aventure de mccandless, sous un angle non pas "romancé" mais factuel, jetant sur cette dernière un éclairage un peu différent. par exemple que mccandless n'a pas, contrairement à ce qui est montré dans le film, jeté ses papiers et brûlé son argent, laissant supposer qu'il comptait revenir à la civilisation après son périple.

le film est fort et le casting épatant, comme disent les mauvais critiques de cinéma. emile hirsch a une toute petite filmo (il est né en 1985) – alpha dog (nick cassavettes, 2007), into the wild, speed racer (andy et larry wachowski, 2008), harvey milk (gus van sant, 2009) et hotel woodstock (ang lee, 2009) – mais il est déjà vachement balèze, le ptit gars, le genre "promis à un brillant avenir", comme son personnage.

un personnage qui se veut jusqu'au-boutiste, animé d'un sens aigu du domaine privé, sortant peu, invitant encore moins, ne participant pas aux activités extra-scolaires de l'université, mesurant les gens à l'aide d'un code moral particulièrement rigoureux. un personnage qui part en guerre contre ses parents, représentant à ses yeux ce que la société a produit de plus futile, le jour où il apprend (sur le tard) que son père a eu un fils avec sa première épouse, après l'avoir quittée pour épouser sa mère (alors bravo). aussi, après quatre années de travail stupide (l'université), il prend la décision de partir sans prévenir personne, par idéalisme, par refus d'adhérer notamment au principe de besoin fabriqué par la société, par volonté d'isolement résultant d'un dégoût de l'être humain et de son aliénation.

il se veut jusqu'au-boutiste mais il est, sans doute un défaut de jeunesse, incohérent. en effet, il fuit la société mais se sert des outils qu'il réfute tout au long de son voyage: il travaille pour gagner de l'argent dans le but de s'acheter du matériel, il fait du stop pour se déplacer et enfin, arrivé en alaska, élit domicile, non pas dans un trou au pied d'un arbre ni sous un abri fait de feuilles d'arbre, mais, comble de l'ironie, dans un bus abandonné.

cela dit, la force du périple (et donc du film) réside davantage dans les rencontres qu'il fait que dans ses propres contradictions: l'agriculteur trafiquant de décodeurs (vince vaughn), le couple hippie (brian dierker et catherine keener) dont la femme n'a pas vu son fils depuis deux ans, offrant un étrange miroir à la relation de christopher avec ses propres parents, l'adolescente paumée qui tombe amoureuse de lui (kristen stewart), le vieillard qui n'a jamais eu de fils (hal holbrook)… christopher prend à chacun de ces personnages une parcelle de vérité qui le conforte dans sa quête et en contrepartie, tous reconnaissent en lui une chose essentielle qu'ils n'ont jamais eue et n'auront sans doute jamais plus. une chance, voire une seconde chance.

le film montre que le jeune homme serait mort d'un empoisonnement accidentel. le documentaire adopte la thèse de la dénutrition ou de la malnutrition. quoiqu'il en soit, les habitants de la région portent un jugement sévère sur cette aventure, que certains ont qualifié de "suicide", tant les possibilités de s'en sortir étaient nombreuses ("il faut un idiot complet pour mourir de faim en été à 30 km de la route du parc, avec des abris contenant des vivres et des couvertures à 10 km à la ronde"). mais mccandless recherchait la difficulté. une simple carte de la région l'aurait certainement sauvé mais ne correspondait pas à l'aventure qu'il voulait vivre…