invictus

Invictus

réal. clint eastwood, scén. anthony peckham, d'après le roman de john carlin, int. morgan freeman, matt damon, langley kirkwood, scott eastwood. 2009, 142'. 4 pouces.

le synopsis
1994, nelson mandela (freeman) est élu président de la république sud-africaine, ce qui consacre la fin du régime de l'apartheid. mais le pays reste profondément divisé sur les plans racial et économique. mandela mise alors sur la participation de l'équipe nationale de rugby – les springboks – et son capitaine, françois pinnear (damon), pour accélérer le processus de réunification…

l'avis
plus ça va et plus c'est…

… incroyable. incroyable de simplicité, de justesse et de puissance émotionnelle. eastwood poursuit son oeuvre sur la tolérance, le pardon et la réconciliation, une oeuvre où la place donnée à l'autre est constante et omniprésente. à travers les indiens par exemple, dans josey wales hors-la-loi (1976) et surtout contre les figures systématiquement incompétentes et malintentionnées des blancs bon teint. ça a continué avec chasseur blanc, coeur noir (1990, où il fustige le racisme de son équipe sous les traits d'un réalisateur inspiré par la figure de john huston), impitoyable (1992, sa rencontre avec morgan freeman), space cowboys (2000, où il montrait que les vieux ont encore des choses à apporter), créance de sang (2002, où il se fait greffer le coeur d'une jeune hispanique), mémoires de nos pères et lettres d'iwo jima (2006, où eastwood donne la parole aux américains puis aux japonais dans ce récit de la guerre du pacifique dont il tourne le second volet entièrement en japonais) et plus récemment gran torino (2008, où il raconte le rapprochement d'un vieux raciste avec ses voisins asiatiques, signant là sa dernière apparition en tant qu'acteur). son prochain film – hereafter, avec matt damon – est un récit fantastique sur la vie après la mort. du coup, la filmographie d'eastwood prend la forme d'une oeuvre testamentaire comme peu de cinéastes auront eu, de leur vivant, l'occasion d'en mener à bien.

invictus ne raconte donc pas autre chose que la réunification de deux peuples unis naguère par une même haine et qui vont apprendre à s'accepter à travers un leader qui leur montre l'exemple. et sur quel autre exemple que le rugby, sport chéri des afrikaners, mandela pouvait-il s'appuyer pour faire passer son message?

démonstration magistrale d'eastwood, servie par une interprétation impeccable et nourrie de symboles à la fois puissants et simplissimes. en fond, la référence à barack obama n'échappera à personne ("il peut gagner une élection mais peut-il diriger un pays?"). le titre du film vient d'un poème – invictus – que l'anglais william henley, gravement malade, écrivit en 1875. durant ses longues années de détention, mandela fit de ce poème son credo et s'en servit pour mener son action.

l'afrique du sud remporta la coupe du monde de rugby en 1995, battant des all blacks de nouvelle zélande invaincus jusque-là, et donnant un nouvel élan à un pays qui en avait bien besoin. mandela ne se représentera pas en 1999 et, en 2001, se retirera de la vie publique pour se consacrer à sa famille et à des causes comme le sida.