2012

2012
réal. roland emmerich, int. john cusack, amanda peet, chiwetel ejiofor, thandie newton, danny glover. 2009, 162'. 3 pouces

le synopsis
une éruption solaire sans précédent dans l'histoire de l'humanité provoque une réaction inédite sur notre planète annonciatrice de sa destruction prochaine, corroborant ainsi la prophétie du peuple maya, qui prédisait que le monde tel que nous le connaissons ("the world as we know it", comme on dit aujourd'hui dans les films catastrophe américains) disparaîtrait en 2012. et en effet…

l'avis
depuis quelque temps, roland emmerich a une mission: …

… véhiculer des messages aussi gigantesques que ses effets spéciaux. dans le jour d'après, les gens du nord (vous savez, les riches) faisaient amende honorable et trouvaient refuge dans les pays du sud (les pauvres, donc). et ces derniers ne leur tenaient rigueur de rien, allant jusqu'à faire preuve d'une mémoire à très court terme et à les accueillir à bras ouverts, au nom d'une fraternité à deux balles que personne n'applique quand c'est la merde car c'est chacun pour sa gueule. merci pour cette jolie leçon, roland. cette fois, c'est le continent africain qui devient une terre promise. mdr. pas que l'afrique puisse le devenir. mdr pour le message. mais où emmerich va-t-il aller réfugier ses personnages dans son prochain film?

souvenez-vous, il y a 40 ou 50 ans, il y avait toujours dans les films "d'anticipation" (c'est comme ça qu'on appelait la science-fiction à l'époque) de méchantes bébêtes venues de l'espace qui nous attaquaient, nous autres pauvres humains (enfin surtout eux autres pauvres américains) qui n'avions rien demandé. la métaphore était claire: l'extraterrestre, c'était soit le communiste, soit le russe, soit les deux (la guerre des mondes, les soucoupes volantes attaquent, j'en passe et des meilleurs). dans les années 80, l'antagonisme américano-russe fait place à la culpabilité de l'homme face à une technologie développée en toute inconscience (et donc à des conséquences dévastatrices). les monstres venus de l'espace deviennent des expériences humaines qui ont mal tourné (le blob, à noter l'évolution, en 30 ans, entre l'original de 1958, avec steve mcqueen, dont c'était le deuxième rôle, et le remake de 1988). aujourd'hui, si les coupables d'actes terroristes sont clairement identifiés et désignés dans les films d'espionnage et d'action, la sf par contre ne s'embarrasse plus de ces responsables bien pratiques, faute de combattants à métaphoriser. partant, les catastrophes naturelles ont repris leurs droits, nous déresponsabilisant du même coup de ce que nous sommes en train de faire à la planète (alors qu'en fait, le message sous-jacent est toujours là: MAIS ARRÊTEZ, BANDE DE MÉCHANTS INCONSCIENTS!!!! heureusement qu'emmerich-le-chantre-de-l'amérique-bien-pensante nous le rappelle fréquemment au gré de films subtils et intimistes).

autre signe des temps, la scène où les personnages principaux sont coincés dans les sas de sécurité, promis à une mort certaine, sous les yeux de l'équipage. désormais, c'est sur petit écran que l'on regarde les gens mourir, s'aimer, se battre ou simplement vivre leur quotidien. que voulez-vous, il y en a (et ils sont de plus en plus nombreux) qui ont besoin de ça pour se rassurer sur leur affligeante existence. merci télé-réalité.

sinon, côté scénario, que des gros poncifs: une famille séparée comme il y en a des milliers, la mère tentant de refaire sa vie avec un winner (il a une porsche, mais ce n'est qu'une apparence), le père loser (sa voiture ne démarre plus, mais ce n'est qu'une apparence), un fils qui adoooooore son futur beau-père (plus parce qu'il en veut à son père, en fait), une fille qui fait toujours pipi au lit à 7 ans (parce qu'elle s'en veut de la séparation de ses parents). je vous avais prévenus, c'est clichés et compagnie. mais dieu merci, malgré les sols qui s'effondrent sur des sous-sols éclairés en rouge (comme l'enfer), les villes qui disparaissent dans d'immenses crevasses (aussi éclairées en rouge mais pas toujours), les montagnes qui explosent en projetant des boules de feu, des tsunamis de 1'500 mètres de haut qui s'abattent sur tout ce qu'emmerich-ché-fé-fou-montré-qué-ché-né-zvi-pas-si-lèche-cul-qué-ça peut trouver de grands symboles (au hasard, de la puissance humaine mais surtout américaine ou de la liberté, comme la vague qui s'apprête à détruire la maison-blanche par porte-avions interposé: "ach ché zvi abazourdi par l'évidenze dé mon chénie!", a dû sexclamer le teuton roland en se tapant le front), malgré tout ça, donc, la famille décomposée va finir par se recomposer: le fils qui appelait son père par son prénom au début du film va l'appeler papa, la fille va (enfin) arrêter de pisser au lit et la femme, dont le new boyfriend vient, et notons à quel point l'artifice scénaristique est pratique, de mourir (mais elle s'en fout) va de nouveau regarder son ex avec des yeux de merlans frits. la morale est sauve et l'humanité sauvée: le niveau de l'afrique est monté de plusieurs centaines de mètres grâce au déplacement monstrueux de ces foutues plaques tectoniques. du coup, l'himalaya n'est plus le toit du monde.

à part ça, emmerich doit avoir un truc avec les hélicoptères. et c'est comme ça à chacun de ses films. en l'occurrence, 2012 se termine sur des plans très fin du monde, avec des montagnes recouvertes par les flots, mais non, il faut quand même qu'il y ait deux ou trois hélicos dans le cadre, comme s'il fallait prouver à tout prix que, même détruite, même sans président, l'amérique reste une grande puissance (militaire en tout cas, parce que économique on met une croix dessus). il en serait presque attendrissant, cet emmerich, tellement il est dégoulinant de pro-américanisme-militarisme-lèche-bottisme forcené.

un seul regret devant ce momument: que l'inénarrable abonné à ce genre de rôles – nicolas cage, pour ne pas le nommer – n'ait pas tenu la vedette. ah ben non, suis-je bête, il était pris sur le tournage de prédictions, une autre histoire du fin du monde qui, elle, se terminait beaucoup plus mal pour l'humanité. quoique, entre sauver des imbéciles égoïstes et cupides qui ne pensent qu'à leur gueule parce qu'ils ont du fric, et qui s'en vont coloniser l'afrique ou ce qu'il en reste, sûrs de leur bon droit (décidément l'histoire n'en finit pas de se répéter) et anéantir l'humanité tout entière pour ne garder que quelques enfants purs qu'on emmène sur une autre planète pour redémarrer quelque chose de bon (je sais, mais c'est du cinéma), on se demande laquelle des deux fins serait la meilleure, finalement…

ps: on me dit en régie que lesdits imbéciles égoïstes et cupides meurent avant la fin. oh. dans la centaine de milliers des personnes peuplant les 7 ou 8 arches, il doit bien s'en trouver quelques-uns pour ne pas mériter d'être sauvés, non? tout le monde mérite d'être sauvé? alors au temps pour moi, la morale (chrétienne) est sauve et on peut continuer à croire en l'humanité.