up

Up
réal. pete docter & bob peterson, voix originales edward asner, jordan nagai, bob petersen, voix françaises charles aznavour, tom trouffier, guillaume lebon. 2009, 95'. 4 pouces

le synopsis
carl fredricksen est un vieil homme bougon qui s'accroche à sa maison, celle dans laquelle il a vécu avec la femme de sa vie, ellie, son amie d'enfance, l'aventurière. or ellie n'est plus et le quartier a changé au point que carl, au bord de l'expulsion, est sur le point d'être conduit, contraint forcé, dans une maison de retraite. mais le jour j, il fait faux bond aux employés venus le chercher en s'envolant… avec sa maison. l'aventure commence alors pour lui qui va changer sa manière de voir la vie…

l'avis
pour carl, il s'agit d'un voyage-hommage à sa chère femme disparue, celle qui n'a pas réalisé son rêve d'aller planter sa maison en haut des "chutes du paradis", en amérique du sud, mais qui, par amour, a changé de cap et a vécu avec lui une autre aventure, très différente et sans doute plus difficile:…

… l'amour de toute une vie pour son mari. mais ce voyage va vite prendre un tour auquel on ne s'attendait pas et se révéler quasi initiatique car il va permettre à carl de vivre – et de dépasser – son deuil, pour commencer, à 78 ans, autre chose. la grande force du scénario est de proposer, sans en avoir l'air, plusieurs niveaux dans la même histoire: le deuil, la solitude, l'affrontement des peurs, l'amitié et la victoire sur soi-même sont autant de thèmes profonds abordés avec beaucoup d'intelligence et sous des dessous délirants (ce qui déconcerte un peu d'ailleurs). up est un film qui sait parfaitement éviter les écueils (dans lesquels d'autres auraient sauté à pieds joints) de la sensiblerie (tout en étant sensible dans la caractérisation des personnages), du sentimentalisme (tout en parlant de grands sentiments) et du simplisme (tout en sachant rester simple).

up est un film qui déploie une grande finesse sous la caricature (le film prend le parti du dessin animé et non du réalisme façon wall-e, en tout cas dans sa première partie). up est réalisé par de grands enfants qui ont atteint une maturité impressionnante dans la narration et une maîtrise totale de l'écriture. témoin le résumé de la vie de carl et d'ellie au début du film (10 minutes). aucun mot n'est prononcé et pourtant ce passage – concentré d'ellipses et de raccourcis parlants – est incroyablement (bien) écrit et formidablement émouvant. bien sûr, la technique est présente (les deux gars qui ont créé les ballons et les fils qui les retiennent ont dû finir à l'asile), les effets spéciaux sont là, mais ils savent se faire discrets pour laisser s'épanouir une histoire mille fois plus importante chez pixar que n'importe quel rendu, même si ce dernier est important et participe à la beauté de l'ensemble. ici tout n'est qu'ambiance et subtilité: l'enfance de carl, sa ressemblance de caractère avec russell, le scout – qui aurait pu être énervant, mais qui devient très vite attendrissant, et qui se révélera plus fort que carl, l'entraînant dans un nouvel état d'esprit -, le générique de fin avec sa typo "machine à écrire", un bijou…

avec up, on pleure plus qu'on ne rit. et de cette émotion naît la certitude que pixar est désormais et définitivement loin au-dessus. mais ça fait belle lurette qu'on le savait déjà…

les coulisses
pete docter commence sa carrière chez disney puis est recruté en 1990 par pixar. il cosigne et réalise le storyboard de toy story (1995) et codirige monstres & cie (2002). il est également l'auteur de l'idée originale de wall-e. up est sa deuxième réalisation mais la première pour bob peterson, scénariste du monde de nemo. l'histoire de up est partie d'un simple dessin, celui d'un vieil homme vendant des ballons (!). les ballons qui font voler la maison sont au nombre de 20'000 (alors que, selon les calculs de pete docter, il en faudrait 26,5 millions). up est le dixième film de pixar mais le premier à avoir été développé pour le relief dès le départ. le personnage de russell a été inspiré de pete sohn, réalisateur de partly cloudy, le court métrage qui précède (c'est devenu un rituel) la projection de up.les deux réalisateurs du film sont des inconditionnels des films de disney et voulaient retrouver le charme de films comme dumbo, par la structure de l'image, le niveau de langue, l'épure et la simplicité qui rendent le propos limpide et lumineux. lors de la projection de la bande-annonce, les producteurs du film ont laissé entendre que l'un des nouveaux personnages de toy story 3 se cache dans une scène de up. rien n'a été précisé mais il semblerait qu'il s'agisse d'un ours en peluche rose. si les chutes de paradise falls sont entièrement fausses, en revanche les paysages du film sont inspirés de lieux réels en guyane, au brésil et au vénézuela, où l'équipe s'est rendue pour les observer dans les moindres détails. pour exaucer le voeu d'une fillette de 10 ans atteinte d'un cancer en phase terminale, les studios lui ont envoyé le 1er dvd du film. elle a ainsi pu le voir avant de décéder 7 heures plus tard.

pour la petite histoire, la traduction française du film (pour la suisse romande) apparaissant dans les sous-titres a été réalisée par nabila belmehdi, traductrice indépendante diplômée de l'école de traduction et d'interprétation de genève. et amie.