watchmen

Watchmen réal. zack snyder, scénario david hayter et alex tse, d'après le roman graphique d'alan moore et dave gibbons, int. jackie earle haley, patrick wilson, malin ackerman, matthew goode, billy crudup, jeffrey dean morgan, carla gugino. 2008, 163'. 3 pouces.

le synopsis
dans une amérique alternative de 1985 où l'horloge de l'apocalypse, symbole de la tension entre les états-unis et l'union soviétique, marque en permanence minuit moins cinq, un complot menace de discréditer et de tuer tous les watchmen, super-héros du passé et du présent. lorsque l'un de ses anciens collègues est assassiné, rorschach (haley) reprend contact avec son ancienne légion de justiciers à la retraite pour tenter de déjouer le complot et de protéger l'avenir de l'humanité tout entière. but who watches the watchmen?

l'avis
voilà une adaptation qui ne démérite pas. et ce n'était pas gagné car cette histoire complexe à plusieurs niveau était réputée inadaptable (c'est ce qu'on dit toujours quand un roman est intelligent), terry gilliam s'y étant cassé les dents il y a une dizaine d'années et paul greengrass (réal des deux derniers jason bourne) aussi. il a fallu le talent de zack snyder et de ses deux scénaristes pour…

… parvenir à transposer sur grand écran un roman graphique déjà très cinématographique dans sa construction et ses plans. à part deux ou trois détails, quelques chamboulements mineurs dans la narration par-ci, un générique un peu vulgarisateur et créé de toutes pièces par-là, histoire de planter le décor et l'historique des personnages, l'adaptation (ou plutôt la transposition) est donc très fidèle. et pour cause, le réalisateur a composé le storyboard presque plan par plan en fonction des planches du roman graphique et du scénario, allant jusqu'à fournir à son chef déco le storyboard sur une page avec, en regard, des références picturales et des développements d'idées contenues dans les dessins originaux. la difficulté était de restituer les différents niveaux de l'histoire, toujours complexe chez moore, et de rendre crédibles des personnages qui, à l'heure où les super-héros sont spectaculaires et quelque peu numérisés, font figure, sans pour autant être pathétiques, de catcheurs has been ou d'artistes de cabarets glauques. les super-héros de moore n'ont de super que le nom (sauf un seul, doté de véritables pouvoirs à la suite d'un tragique accident – dr. manhattan/crudup), tous étant des hommes et des femmes comme les autres, à la manière d'un batman qui ne doit ses coups d'éclat qu'à sa technique de combat et ses gadgets high-tech. la difficulté était aussi de rendre palpable l'univers de ce scénariste encyclopédiste et brillant, avec toujours ce je-ne-sais-quoi de banalement "pas high-tech", un univers où l'intérêt est ailleurs, dans une politique-fiction conjuguée au présent, mais un présent au bord de l'apocalypse, très sombre et très décalé, comme dans v pour vendetta, sorti en 1989. les aficionados de moore trouveront peut-être cette transposition un peu trop servile ou un peu inutile, le roman original étant déjà 1. cinématographique et 2. parfait. quoi qu'il en soit, le contrat est (bien) rempli et l'auteur himself ne devrait normalement pas renier l'oeuvre filmée.

les coulisses
zack snyder est né le 1er mars 1966 dans le wisconsin. débarqué à los angeles à 17 ans avec l'idée fixe de faire du cinéma, il aurait eu sa première chance, raconte-t-on, grâce à jack nicholson qui l'aurait mis en contact avec un réalisateur de ses amis qui l'aurait engagé sur un tournage. de fil en aiguille, il devient réalisateur et chef op' de pub et son travail est récompensé à plusieurs reprises, notamment à cannes par un lion d'or. réputé pour être un bon conteur, il s'essaie au cinéma en 2003 avec l'armée des morts, remake de zombie (romero, 1983), puis écrit et réalise 300, qui connaîtra le succès mondial que l'on sait. du coup, il devient un réal "bankable" (en français: "quirisquebiendefairedufric"), et se voit confier des projets d'envergure comme celui-ci. le souci du détail dont il a fait preuve pour reconstituer les décors et les costumes en a impressionné plus d'un, à commencer par dave gibbons, le dessinateur de la bd, et pour cause, comme on l'a dit. si le film baigne dans une atmosphère discrètement désuète, les effets spéciaux ne sont pas absents pour autant. ainsi, le dr manhattan est entièrement réalisé en images de synthèse, le comédien billy crudup ayant joué son rôle muni de capteurs dont les infographistes se sont ensuite servis pour le modéliser tout en en conservant les expressions et la fluidité des mouvements. le foisonnement des personnages et des époques (de 1938 à 1985) a nécessité l'emploi de 150'000 pièces de costumes. de même, le masque de rorschach était recouvert de capteurs, à l'exception des yeux (il fallait quand même que le comédien y voit quelque chose), et l'équipe des effets spéciaux a ensuite créé des taches en mouvement, en fonction des dessins de gibbons, des scènes et des indications du réalisateur. avant snyder, trois réalisateurs ont travaillé sur le projet: terry gilliam, ex-monty python, david hayter – scénariste sur x-men et les chroniques de riddick notamment, devenu finalement scénariste du projet – et enfin darren aronofsky (the wrestler). les acteurs ont également été nombreux à se presser au portillon: robin williams et simon pegg pour le rôle de rorschach, jamie lee curtis, sigourney weaver et hillary swank pour celui du spectre soyeux, kevin costner, richard gere, tom cruise, jude law, joaquin phoenix et john cusack pour celui du hibou.