l’étrange histoire de benjamin button

Benjamin_button réal. david fincher, d'après une nouvelle de f. scott fitzgerald, int. brad pitt, cate blanchett, julia ormond. 2008, 165'. 4 pouces.

le synopsis
c'est l'histoire d'un homme, benjamin button (pitt), qui naît âgé de 80 ans et vit sa vie à l'envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps.

l'avis
un synopsis qui tient en une ligne ne fait généralement pas un film de près de 3 heures. mais on comprend mieux quand on sait que cette histoire tient de la fable. car, à y regarder de plus près, elle pourrait être notre histoire à tous, rien de plus qu'une vie d'homme, pareille à beaucoup d'autres, avec ses rencontres, ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. à ceci près que ce parcours est celui d'un homme qui naît vieux et ne cesse…

… de rajeunir tout au long de sa vie. ce qui pose bien sûr la question centrale de la différence et de ce qu'elle implique dans tous les compartiments de la vie, notamment l'amour. "m'aimeras-tu encore quand je serai vieille, ridée et toute molle?", demande daisy (blanchett) à benjamin. et ce dernier de lui répondre "m'aimeras-tu encore quand j'aurai de l'acné ou que tu devras changer mes couches?". benjamin button est aussi, bien sûr, l'histoire "simple" d'un amour impossible, puis possible, puis de nouveau impossible, entre deux êtres d'exception, de 1918 (la naissance de benjamin) à nos jours (la mort de daisy). le récit repose un peu, même s'il est différent, sur le ressort de sur la route de madison, de clint eastwood: l'enfant (ici julia ormond) découvre la vérité sur ses parents en lisant le journal intime de l'un d'eux, jusque-là tenu secret. le parti-pris de mise en scène – la lenteur – décuple ici l'émotion, même si elle a pu faire naître, ici et là, des sarcasmes journalistiques sur l'aspect sophorique du film. et curieusement, on ne voit pas passer ces quasi-trois heures de projection. c'est aussi extrêmement bien fait, tant dans le travail de maquillages et les effets spéciaux effectués sur les acteurs, dans le stylisme et les décors, mais aussi dans l'étalonnage, qui nous baladent sans en avoir l'air, par petites touches subtiles, à travers huit décennies. le film a reçu 13 nominations aux oscars. à mon humble avis, il en remportera quelques-uns, pour le meilleur maquillage ou les meilleurs costumes sans doute, la meilleure adaptation à l'écran peut-être, les meilleurs effets spéciaux éventuellement. la musique aussi, pourquoi pas, avec ses accents sporadiques d'une nostalgie à pleurer (sunrise on lake pontchartrain), même si on est loin de l'intelligence émotionnelle de celles d'un john williams, par exemple. cela dit, je serais très surpris que le film remporte l'oscar du meilleur acteur ou de la meilleure actrice. brad pitt, aussi beau soit-il, reste brad pitt dans ce rôle. contrairement à d'autres qu'il a pu tenir (fight club, snatch), à aucun moment il ne se met en danger. cate blanchett non plus, malgré toute l'admiration que j'ai pour elle. le "souffle romanesque" (comme on dit dans les milieux autorisés), la dimension discrètement épique, sinon initiatique, de l'histoire, la noblesse des sentiments et la beauté (pas seulement physique) des personnages font de benjamin button un très beau film (et un très bon fincher, aussi parce qu'il est bien différent des autres).

les coulisses
benjamin button est le 7ème long-métrage de fincher, après alien 3 (1992), seven (1996), the game (1997), fight club (1999), panic room (2002) et zodiac (2007). né en 1962 à denver, il passe quatre ans chez industrial light and magic, la société d'effets spéciaux de george lucas, et signe à 29 ans son premier long (alien 3) qui, malgré la fulgurance et le succès du film, lui laissera un goût amer et lui donnera une furieuse envie d'être le plus indépendant possible. il a 5 productions en cours en tant que réalisateur: heavy metal (film d'animation inspiré du magazine de bd sf), black hole (thriller adapté d'un comic-book), the killer (thriller), chef (avec keanu reeves) et torso (thriller autour du personnage d'eliott ness enquêtant sur un tueur en série). cate blanchett est née en 1969 à melbourne. c'est son rôle dans elizabeth, en 1999, qui la fait véritablement découvrir du grand public international et qui lui vaut tant un golden globe qu'une nomination aux oscars. qu'elle soit katharine hepburn dans aviator, institutrice piégée dans chronique d'un scandale, espionne russe dans indiana jones, fille de bonne famille dans le talentueux mr ripley, elfe dans le seigneur des anneaux ou encore femme à l'article de la mort dans babel, l'extraordinaire richesse de son talent fait d'elle une toute grande comédienne (sublimissime à mon humble avis de misérable ver de terre). c'est rachel weisz (la momie) qui était pressentie pour le rôle, mais fincher lui a préféré blanchett après l'avoir vue dans elizabeth et s'être déclaré ébloui par sa force et son talent rares. pour interpréter le personnage de button âgé (époques 1932-35 et 1935-37), fincher a employé deux acteurs qui, maquillés, ressemblent à brad pitt: tom everett et robert towers. la transformation du visage de brad pitt a nécessité le recours à une technique appelée contour inventée par apple en 2006: il s'agit d'appliquer une poudre phosphorescente invisible à la lumière sur son visage puis les ordinateurs se chargent de capter le visage du comédien en 3d à l'aide d'un système d'éclairage et de caméras synchronisées. le vieillissement progressif de brad pitt (vachement bien fait d'ailleurs) est donc assuré par une combinaison de maquillages spéciaux (5 heures d'application chaque jour) et d'effets visuels. c'est en partie pour cette raison que le tournage a duré 150 jours. ce film marque la troisième collaboration du metteur en scène et de l'acteur, après seven et fight club, et la seconde de cate blanchett, de tilda swinton et de jason flemyng (son père biologique dans le film) avec brad pitt (respectivement babel, burn after reading et snatch). l'étrange histoire de benjamin button est adapté de la nouvelle du même nom signée francis scott fitzgerald, elle-même inspirée d'une pensée de mark twain: "la vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et que nous approchions graduellement de nos 18 ans." après déjà vu (denzel washington), benjamin button est le deuxième film à être tourné à la nouvelle-orléans depuis katrina. l'équipe de déco a travaillé dans une optique réaliste, le réalisateur souhaitant éviter le côté "il était une fois". tout devait être conforme à la réalité historique. ainsi, les costumes sont tous d'époque. la chef costumière s'est inspirée des grandes icônes cinématographiques du 20ème siècle: gary cooper pour les années 40, brando pour les 50's, mcqueen pour les 60's. elle a même déclaré: "je savais que brad pourrait assumer ces looks". pff, de toute manière, c'est le genre de mecs, tu lui mets un sac à patates, il a l'air d'un dieu, genre même pas mal. moi je dis ça, je dis rien, hein?!