faut-il traduire le titre d’un film ou pas?

pourquoi certains films américains ou anglais conservent-ils leur titre original quand ils sortent sur nos terres francophones et d'autres pas? la question est bien plus complexe qu'il n'y paraît. le titre est l'un des éléments clés de la stratégie de la distribution d'un film, à plus forte raison s'il s'agit d'un gros succès. c'est donc le distributeur, et lui seul, qui décide s'il faut le traduire (et qui se charge de la traduction) ou le laisser dans la langue originale. aujourd'hui, aucun distributeur ne néglige ce point déterminant dans le succès du film qu'il a acheté. ainsi en…

… france, à la fox, à la gaumont, chez mk2, des équipes de cadres marketing, de commerciaux et de dirigeants se réunissent pour brainstormer sur le sujet. ils ont rarement la possibilité de voir le film en question mais parlent tous anglais et disposent d'un dossier complet sur le film à (re)titrer (casting, script, éléments sur le positionnement stratégique du film, etc.). le cahier des charges est parfois compliqué. certains incluent l'obligation de faire apparaître la vocation humoristique du film, le succès public auquel le film fait un clin d'oeil ou le contexte dans lequel il évolue. exemple: meet the spartans, allusion directe à meet the parents avec ben stiller, dont le titre français était mon beau-père et moi. les pontes du distributeur ont trouvé spartatouille, qui "disait" immédiatement "sparte" (le contexte) et ratatouille (le succès d'animation dont le film voulait profiter). mais ce titre évoquait également l'idée de bataille et de ratatiner. de plus, le sur-titre "ce soir, on s'fait un grec", renforçait, avec son esprit gaulois, la vocation parodique du film.

si les traductions sont évidemment systématiques pour les films en provenance des pays d'asie ou de l'est, c'est de moins en moins le cas pour les films anglo-saxons. pourquoi? les distributeurs y voient tout d'abord le signe récent d'une plus grande ouverture de la culture française à la culture anglo-saxonne (les  puristes y verront au contraire celui d'un impérialisme de plus en plus affirmé). à tel point que certains titres anglais sont traduits… en anglais (what happens in vegas, par exemple, étant devenu jackpot en france). de plus, toujours pour les distributeurs, un titre anglais est une garantie pour le spectateur qu'il va en avoir pour son argent grâce à un cinéma qui n'hésite pas à mettre le paquet. pas question de traduire quantum of solace, le prochain james bond (peut-être aussi parce que bond prodigieux dans le réconfort, ça le faisait moins, mdr).

un titre anglais peut aussi être gage de créativité, surtout s'il s'agit d'un film d'auteur qu'il n'est pas question de transposer. les exemples sont légion et certains ne datent pas d'hier. les films de sofia coppolathe virgin suicides (1999), lost in translation (2003) – n'ont pas été traduits: ceux de jim jarmuschstranger than paradise (1984), down by law (1986), mystery train (1989) et broken flowers (2005) – non plus. ceux de wong kar-waiin the mood for love (2000), six days (2002), my blueberry nights (2007) – non plus. sans compter le fait que c'est un peu plus compliqué pour les films de wong kar-wai puisqu'ils sont d'abord titrés en mandarin, puis en anglais pour l'international. même si le titre est obscur pour qui ne parle pas bien la langue de shakespeare, le titre non traduit est donc aussi un indice quant au contenu ou à la qualité de l'oeuvre, ou encore au courant dans lequel elle s'inscrit. si le distributeur décide de traduire, c'est pour élargir le public potentiel et rendre le film le plus accessible possible. ainsi les titres trop compliqués peuvent constituer une barrière. azuloscurocasinegro, par exemple, est devenu azul, ce qui peut constituer une trahison, comme toute traduction me direz-vous, même si là il s'agit davantage d'une sorte de transposition.

en revanche, lorsque le film est adapté d'un grand succès de librairie, le titre traduit du roman est repris tel quel. là, pas besoin (et pas question) de brainstormer pendant des heures pour titrer en français le diable s'habille en prada ou le dernier harry potter. on s'appuie sur le succès du livre qui a attiré des millions de lecteurs pour drainer les foules de spectateurs. par contre, le cas de no country for old men a suscité davantage d'hésitation. adapté du roman éponyme de cormac mccarthy par les frères coen, le film en v.f. a d'abord reçu le titre de la traduction française – non, ce n'est pas un pays pour le vieil homme (j'espère qu'ils ont viré le traducteur). puis, en cours de promo, le distributeur a décidé de reprendre le titre anglais et de faire figurer sa traduction en sous-titre, allez savoir pourquoi. à croire que le roman n'était pas si connu en terres francophones et que le titre français n'était pas gage de succès pour le film…

(source: l'important, c'est de titrer, par hélène fresnel, studio n° 250, octobre 2008)