mirrors

Mirrorsréal. alexandre aja, int. kiefer sutherland, paula patton. 111', 2008. 3 pouces 1/2

le synopsis
ancien flic forcé de démissionner suite à la mort accidentelle de son coéquipier, ben carson (sutherland) est engagé comme veilleur de nuit dans un grand magasin new yorkais désaffecté suite à un gigantesque incendie qui a tout ravagé excepté les miroirs. psychologiquement fragile, carson découvre rapidement que ces miroirs cachent un horrible secret qui les menace, sa famille et lui.

l'avis
ça faisait longtemps que je n'avais pas sursauté comme ça pendant la projection d'un film. et pourtant c'est plutôt un thriller fantastique qu'un film d'horreur, donc pas nécessairement un film dont le but premier est…

…  de faire peur, même si les plus blasés ne feront sans doute pas trop les mariolles devant certaines scènes. qu'il soit jack bauer ou ben carson, kiefer sutherland n'évolue pas vraiment dans son jeu, cantonné qu'il est dans le registre du flic torturé. si ce n'est pas entièrement sa faute, c'est quand même un peu dommage car on peine un tantinet à s'identifier à son personnage. peut-être n'a-t-il pas eu le temps de changer de personnage en changeant de plateau? bon, cessons de médire, même si on ne peut s'empêcher de regretter le temps des vampires, des étudiants en médecine géniaux et autres médecins estropiés à la solde d'un ennemi extraterrestre. paula patton, quant à elle, n'est convaincante que lorsqu'elle se livre, dans la seconde partie du film, à une démonstration de tee-shirt mouillé. et là aussi c'est dommage (même si le public masculin ne manquera pas d'apprécier) car, du coup, les personnages perdent une consistance qui n'aurait pas nui à la profondeur du film. cela étant, ça fonctionne plutôt bien, grâce à un scénario original et ma foi pas mal ficelé, même s'il est parfois un tout petit peu capillotracté (comme on dit volontiers chez les coiffeurs), avec dénouement surprenant à la clé, et aussi grâce à des effets spéciaux subtils et presque invisibles. pas mal, le ptit frenchie. donc à voir, bien sûr, si vous aimez le genre…

les coulisses
né à paris le 7 août 1978 d'un père lui-même réalisateur (alexandre arcady), alexandre aja n'en est pas à son coup d'essai. il a commencé comme acteur dans les films de papa (l'union sacrée, 1989; le grand pardon, 1992, entre autres) puis l'a secondé dans trois de ses longs-métrages (là-bas, mon pays, 2000; entre chien et loup, 2002 et mariage mixte, 2004). il réalise un court présenté à cannes en 1997, puis se lance dans furia en 2000, qui lui permettra de mettre en scène haute tension (2003), avec cécile de france. puis ce sera le remake de la colline a des yeux (l'original de wes craven) qui le font définitivement remarquer du grand public international et lui apporte un succès qui contraste avec le bide de 2ème sous-sol (2008) film qu'il produit avec son coscénariste grégory levasseur.

justement, les deux compères reçoivent un beau jour un projet de remake d'un film coréen intitulé into the mirror. si le cinéaste n'accroche ni avec l'histoire ni avec les personnages, il est tout de même bluffé par une ou deux scènes jouant avec des miroirs. du coup, son acolyte et lui réécrivent complètement le script et convainquent les studios de produire le film (avec le concours, il est vrai, d'un kiefer sutherland qui appuiera le projet de tout son poids de star ressuscitée depuis le succès de 24 heures).

william frederick dempsey george rufus (avouez qu'on peut faire plus court) le 21 décembre 1966 à londres, kiefer sutherland est, tout le monde le sait, le fils de donald, qu'on ne présente plus. ce qu'on sait moins en revanche, c'est qu'il a débuté à l'écran à 17 ans aux côtés de son père dans max dugan returns (herbert ross, 1983). et ce qu'on sait carrément moins, c'est que l'acteur entretient lui-même une relation tourmentée avec les miroirs, n'en possédant pas chez lui et détestant s'y contempler. personne d'autre que lui n'était donc plus indiqué pour interpréter le rôle, dixit aja.

pour le réalisateur, le film ne pouvait être tourné ailleurs qu'à bucarest. pour des raisons de coûts mais pas seulement. car la ville abrite des bâtiments gigantesques – la maison du peuple et l'académie des sciences – voulus par ceaucescu et abandonnés depuis des années, qui ont à leur tour abrité le tournage des scènes du film se déroulant à l'intérieur du mayflower, le magasin ayant été ravagé par les flammes quelques années auparavant (dans le film). gros défi, d'ailleurs, pour l'équipe déco qui a dû transformer près de 2'000 m2 d'architecture institutionnelle en grand magasin carbonisé. de l'escalier principal aux présentoirs, tout a été conçu, fabriqué et monté en à peine 12 semaines (pour un tournage qui n'en a duré que 8). deux équipes étaient en outre chargées de calciner chaque centimètre carré du décor afin de recréer l'ambiance dévastée de ce qui avait été une enseigne new yorkaise prestigieuse: murs, sols, mobilier, mais aussi le stock du magasin, à savoir vêtements, bijoux, accessoires. une attention particulière a été apportée au look des mannequins qui, par leur face décomposée, devaient symboliser à la fois la vie qui régnait au temps de la splendeur du magasin et le mal qui s'y cache désormais.

quant aux effets spéciaux, ils sont aussi nombreux que relativement discrets: 350 plans truqués au total. très subtils et très compliqués à mettre en place. par exemple, les scènes où la réflexion reste dans le miroir alors que le personnage qui s'y regardait s'en éloigne ont exigé une très grande précision. au lieu de se reposer sur des effets numériques, qui auraient alourdi la post-production (et donc le budget), l'équipe a fait en sorte de réaliser un maximum d'effets sur le plateau. ainsi, la scène de la mâchoire arrachée a nécessité des trésors d'invention de la part du chef maquilleur…