300

300_2 réal. zack snyder, adapté du "roman graphique" de frank miller (sin city), int. gerard butler, lena headey, dominic west. 2006, 115'. 3 pouces 1/2 

le synopsis
300 relate la bataille qui opposa le roi spartiate léonidas et 300 de ses soldats à xerxès et son immense armée dans l'étroit défilé des thermopyles, en 480 avant j.c. mais un traître va permettre à xerxès…

… d'envahir la grèce. mu par un désir farouche de liberté, le combat des soldats spartiates inspirera tout le pays à se dresser contre la perse, posant ainsi les premières pierres de la démocratie…

l'avis
bien:
visuellement, le film tient ses promesses. la photo est effectivement à couper le souffle, la quasi-totalité des scènes ayant été tournées sur fond bleu et chaque case du "roman graphique" ayant été transposée à l'écran. le travelling vers la fin du film montrant les soldats avancer en massacrant leurs ennemis un à un est techniquement parfait, au niveau tant du rythme – grâce à l'alternance, désormais incontournable, de la vitesse – que des effets numériques – les giclées de sang (qui, pour une fois, ressemble à du sang), même si elles sont visiblement "fausses", ajoutent, et c'est très paradoxal, au réalisme des scènes. mention spéciale au générique de fin, graphiquement très différent du reste du film car offrant ouvertement une esthétique bd, avec de surcroît ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui des "effets matrix", la caméra tournant autour d'un sujet en arrêt sur image. c'est visuellement très surprenant, surtout sur des images traitées en illustration. le rouge sang du chiffre "300" au générique d'ouverture donne le ton. utilisée jusqu'à la nausée, la couleur est bel et bien celle de la résistance et du combat, contrastant (de manière parfois presque simpliste) avec le reste du film.

moins bien:
– le danger avec la violence montrée au ralenti, c'est qu'on finisse par la trouver belle. souvenez-vous, dans tueurs nés, la scène du couteau volant dans les airs avant d'atteindre sa victime, ou dans the thin red line, où la caméra rasait une colline couverte de blé qu'un vent faisait onduler. dans 300, le ralenti est utilisé en alternance avec la vitesse normale. le procédé n'est pas nouveau, on nous en a surgavés dans les matrix, par exemple. vous allez me dire que le problème avec une violence montrée "telle qu'elle a dû être", comme dans il faut sauver le soldat ryan (30 minutes de carnage non stop en séquence d'ouverture), c'est qu'on finisse par trouver le réalisateur complaisant. et vous aurez sans doute raison.
– certains personnages n'échappent pas au ridicule: rodrigo santoro (xerxès) est souvent limite, la scène dans laquelle on voit gerard butler (léonidas) contempler nu les étoiles au seuil de la chambre conjugale ne manquera pas de provoquer, chez les hommes, un sourire "il fait un peu tapette, non?" et, chez les femmes, un sourire "ah ouaiiiiis". de manière générale, la représentation de la virilité (martiale ou non) est délicate à une époque (la nôtre) où elle n'est plus vraiment de mise. et même si, en l'occurrence, on pardonnera à ces hommes de parler tous avec des voix d'outre-tombe, le polype sur la corde vocale pour la rendre plus rauque – ce sont des spartiates après tout – on ne pourra s'empêcher de sourire sous cape.
– la bande son est presque intégralement pompée sur celle de gladiator. on aurait préféré une ambiance musicale plus décalée, plus rock 'n roll, à l'instar de cette scène où les soldats s'avancent face caméra (toujours au ralenti), prêts à en découdre avec l'ennemi, et qui contraste totalement avec le reste.
– certains plans, comme celui de la fin où la reine attend, devinez où? gagné! dans les blés, l'émissaire du roi avec son fils, qu'elle prend dans ses bras, sont honteusement pompés sur gladiator (ridley t'es le meilleur, décidément).

l'histoire vraie*
"… en 480 avant j.-c., le roi de perse xerxès 1er pénètre dans le nord de la grèce et descend vers l'attique pour s'emparer d'athènes avant d'obliquer vers sparte et de prendre possession du péloponnèse. devant la menace grandissante, les cités se réunissent en conseil à corinthe et proposent d'envoyer une petite armée dans le défilé des thermopyles, en grèce centrale. ce passage, situé entre deux montagnes avoisinant la mer, est réputé pour son étroitesse et les grecs veulent y retenir les perses le plus longtemps possible pour laisser au gros de l'armée fédérée le temps de se préparer. léonidas se propose pour cette mission suicide.

il part avec 7 000 hommes, dont 300 spartiates d'élite, et de nombreux thespiens, thébains et béotiens, en direction des thermopyles.

les phocidiens ont déjà construit un mur pour empêcher tout passage par le défilé. l'armée de léonidas s'y retranche et attend les perses.

comme prévu, l'armée perse s'y engage et lance de grosses vagues d'assaut contre les grecs, qui les repoussent avec de lourdes pertes. parallèllement, les athéniens bloquent la flotte perse au cap artémission, afin d'empêcher celle-ci de débarquer des hommes sur les arrières du roi.

la bataille durera 10 jours. les perses ont déjà subi de très lourdes pertes (20 000 hommes environ) lorsqu'un malien, éphialtès, trahit les grecs en montrant aux perses un chemin appelé anopaea, par lequel il pourront prendre l'ennemi a revers. l'ayant appris, léonidas renvoie la plus grande partie de l'armée (environ 6 000 hommes), gardant avec lui ses 300 spartiates d'élite avec leurs hilotes, les thespiens et les thébains. lors du dernier repas avant l'ultime combat, léonidas s'adresse à ses hommes en ces termes: "ce soir, nous souperons chez pluton". peu après, ils reprennent les armes mais même totalement encerclés, continuent à se battre, ce qui vaudra à léonidas le surnom de "lion de sparte". soudain, le roi tombe, touché en plein cœur par une flèche perse. les derniers grecs encore en vie se replient avec son corps sur les collines avoisinantes et se battent jusqu'au dernier pour le défendre. ils seront tous massacrés et le corps de léonidas, sur ordre de xerxès, aura la tête tranchée et sera crucifié…"

les 300 d'avant
en 1962, rudolph maté tourna la bataille des thermopyles (the 300 spartans) avec richard egan, ralph richardson et diane baker. si 300 n'est pas un péplum au sens ridleyscottien, et encore moins rudolphmatéen, du terme, il est aussi bien moins bédéesque dans la forme que ne l'était sin city. et, même s'il joue un peu avec l'histoire et ne propose pas grand-chose de nouveau, il reste un joli exercice de style.

* source: texte tiré de http://www.monarchies.org