dans l’ombre de mary – la promesse de walt disney

saving mr. banks
réal. john lee hancock, scénario kelly marcel, sue smith, int. emma thompson, tom hanks, paul giamatti, bradley whitford, j. b. novak, jason schwartzman, ruth wilson, colin farrell, rachel griffiths, annie buckley. 2014, 125′. 3 pouces

le synopsis
cela fait vingt ans que walt disney veut adapter mary poppins, roman de la britannique pamela lyndon travers, pour honorer une promesse qu’il avait faite à ses filles. car cela fait vingt ans que la romancière…

… se refuse à faire de son roman une comédie musicale et voir son héroïne malmenée par un faiseur de dessins animés ridicules. mais, ses ressources financières se raréfiant, elle accepte de se rendre à los angeles pour rencontrer disney et entendre ses arguments. l’expérience va lui permettre de tirer un trait sur un lourd passé…

l’avis
le film raconte l’histoire vraie de l’adaptation difficile au cinéma, par walt disney, du premier roman pour la jeunesse que p. l. travers (1899-1996) écrivit en 1934 avec son personnage de mary poppins (elle en écrira huit en tout, parallèlement à d’autres romans). difficile et longue, pleine de tergiversations, de refus, d’attente, de propositions. dès 1945 en effet, et durant les quinze années qui suivront, l’auteur refusera l’offre de samuel goldwyn, convaincue que personne ne rendra justice à ses personnages sur grand écran, repoussera celles de walt disney et de son frère roy, car elle ne conçoit pas de faire de son histoire un dessin animé, et acceptera un contrat de 10 000 dollars, avant de se rétracter, n’ayant pas de droit de regard sur le scénario. finalement, en 1960, devant la ténacité des frères disney, elle finira par accepter à condition de choisir le rôle-titre et de valider le scénario. la production du film durera quatre ans, de 1960 à 1964. l’histoire de saving mr. banks se situe en 1961.

intéressant et divertissant, avec une emma thompson magnifique, comme toujours.

p. l. travers, helen lyndon goff de son vrai nom, avait utilisé les initiales de son prénom pour brouiller les pistes sur son identité sexuelle (pratique assez courante à l’époque pour les femmes en quête d’éditeurs) et le prénom de son père comme patronyme. c’est que justement, même s’il n’apparaît que dans des séquences parallèles à l’histoire, sous forme de souvenirs, le père de la romancière et la relation qu’elle eut, enfant, avec lui, basée sur l’imagination, mais aussi la culpabilité, sont au coeur de son oeuvre de romancière et de son comportement de femme. et quand un être est aussi psycho-rigide que l’est mrs travers, la psychanalyse n’est jamais très loin. pas des contes de fées, en l’occurrence, mais de son auteur.

au final, son refus de céder aux sirènes de hollywood sera vaincu par l’empathie d’un walt disney dépeint ici, non comme le nabab qu’il est déjà au début des années 1960, mais comme un homme qui sait se souvenir de ses origines et percer la cuirasse d’un être en apparence revêche. le film raconte donc, non pas le tournage de mary poppins, mais bien sa genèse, ou comment une anglaise (qui était en fait australienne) droite dans ses boîtes sapa l’enthousiasme de toute une équipe avant de se laisser finalement entraîner dans l’aventure.

j’ouvre ici une parenthèse: à une époque où les distributeurs ne se donnent que rarement la peine de traduire le titre des films, estimant sans doute que « ça sonne mieux en anglais », ils ont cru bon d’affubler ce film d’un titre surprenant car largement surtraduit, plus explicatif qu’autre chose: dans l’ombre de mary – la promesse de walt disney. ou comment faire tenir tout un synopsis dans un titre. lol, j’ai envie de dire. mais il est vrai que dans l’ombre de mary tout court, meilleur par rapport au sujet du film, aurait davantage évoqué un film d’horreur et que la promesse de walt disney aurait mis l’accent plus sur disney que sur la romancière. et il faut se rendre à l’évidence, il faut sauver m. banks (le titre original est un clin d’oeil direct au film de spielberg) n’eût sans doute pas été très vendeur auprès d’un public francophone, peu connaisseur des personnages de mary poppins (dont le fameux george banks, banquier de son état, personnage secondaire mais néanmoins important du film, et évocation directe du père de la romancière) qui aurait cru au film de guerre. perso, j’aurais proposé le titre très clair suivant: la genèse de mary poppins (le film, pas le roman) ou comment la mère d’une nounou qui vole se laissa convaincre par le père d’une souris qui parle. ben quoi?