the grand budapest hotel


réal. wes anderson, scénario wes anderson et hugo guinness, d’après l’oeuvre de stefan zweig, int. ralph fiennes, tony revolori, f. murray abraham, mathieu amalric, adrian brody, harvey keitel, jeff goldblum, tilda swinton, willem dafoe, jude law, bill murray, edward norton, saoirse ronan, léa seydoux, tom wilkinson, owen wilson. 2014, 100′. 3 pouces.

le synopsis
monsieur gustave (fiennes) est le concierge très stylé…


… du grand budapest hotel, prestigieux palace d’un pays européen fictif (zubrowka) de l’entre-deux-guerre. très apprécié des vieilles dames fortunées y séjournant, il devient en général leur amant et parvient à toucher une part de leur héritage quand celles-ci décèdent. jusqu’à madame d. (swinton) qui lui lègue un fameux tableau, au grand dam de sa famille, bien décidée à récupérer son bien.

l’avis
j’avoue mon inculture en la matière: avant ce film, je ne savais rien ou presque de wes anderson, ce cinéaste texan de 44 ans qui a réalisé la famille tenenbaum (2001), la vie aquatique (2003) et, plus récemment, moonrise kingdom (2012), pour ne citer que les plus connus dans nos contrées. c’est donc vierge de tout a priori (j’avais quand même vu la bande-annonce) que je suis allé voir ce film. ça, c’est fait.

ce film est très surprenant et d’une drôlerie constante.

il raconte les péripéties très cocasses d’un escroc, monsieur gustave, et de son jeune protégé, l’apprenti-lobby boy zero mustafa (revolori), qui se livrent à un cambriolage, sont poursuivis par des héritiers qui n’hésitent pas à supprimer les importuns, sont emprisonnés, s’évadent et reviennent à la case départ non sans provoquer un chaos sans nom. le tout raconté sous forme de flash-backs, bien des années plus tard, par zero mustafa lui-même, qui a hérité de l’hôtel.

très surprenant – agréablement, s’entend – dans la forme, disais-je. le monde de wes anderson est vraiment un monde à part. un petit monde enchanté au ton doux-amer où se côtoieraient notamment tex avery et tim burton. la direction artistique est très soignée, les univers étant chacun marqué d’une dominante chromatique et, partant, d’une ambiance bien distincte. ainsi l’intérieur de l’hôtel, dans les rose et brun, fait-il penser à un magasin de bonbons et l’extérieur enneigé, dans les blanc et bleu, à une carte postale ou un film des années 50.

les cadres sont eux aussi à la fois très soignés. les compositions sont parfaitement étudiées, avec des effets de symétrie dans le décor et de correspondance de couleurs entre les personnages. même si un visionnage avec arrêt sur image serait nécessaire pour en découvrir toutes les subtilités. la caméra tourne toujours rapidement sur un axe horizontal ou se déplace sur un axe vertical pour suivre l’action. anderson ne fait pas de panoramiques d’ambiance, il ne « présente » pas le décor. il l’introduit brutalement comme si la caméra était subjective, comme si un personnage tournait la tête rapidement pour regarder quelque chose. sauf qu’elle ne l’est pas et que les mouvements sont parfaitement précis, ce qui évite les effets « caméra à l’épaule », tellement à la mode. ce n’est pas le décor qui l’intéresse – même s’il est important – c’est l’action, l’histoire qu’il raconte. voilà un cinéma de rigueur qui sert, au premier sens du terme, la comédie, à savoir qu’il participe du comique de situation. le réalisateur renouvelle constamment la surprise pour créer les effets d’un comique décalé à éclater de rire. c’est fin, c’est super-bien fait, ça fait toujours mouche. la présence de tous ces acteurs célèbres qui cabotinent à qui mieux-mieux contribue bien sûr à la drôlerie du film.

bref un régal.

brèves de coulisses…
the grand budapest hotel n’est pas un film de studio. enfin pas entièrement. la majeure partie du film, celle qui se déroule dans l’hôtel, a été tournée dans le görlitzer warenhaus, centre commercial gigantesque à l’architecture jugendstil construit en 1912 aux frontières allemande, polonaise et tchèque et ouvert jusqu’en 2009. propriété d’un investisseur privé depuis 2013, il a accueilli le tournage du film. la prison de zwickau, la pâtisserie de mendl et le kunstmuseum de dresde ont été filmés dans les environs. seuls la façade de l’hôtel et les séquences de ski et de téléphérique ont été élaborées dans les studios de babelsberg à berlin. c’est johnny depp qui devait tenir le rôle de monsieur gustave. je pense qu’il aurait été parfait. mais ralph fiennes (prononcez reïf faïnz) est loin de démériter dans le rôle, son célèbre flegme tout britannique offrant un parfait décalage lorsqu’un « fuck » sort de sa bouche, révélant le voyou qu’au fond il est sous le lustre de l’habit. c’est angela lansbury qui devait interpréter la comtesse céline villeneuve desgoffe und taxis, alias madame d., mais pour des raisons d’emploi du temps, le rôle a finalement été attribué à tilda swinton, méconnaissable en vieille dame de 84 ans. et pour cause, elle passait jusqu’à 5 heures par jour sous les mains expertes des maquilleuses qui, pour la vieillir, lui ont appliqué des prothèses pratiquement sur tout le corps: bras, poitrine, cou, dos, perruque, lentilles, dents, et jusqu’aux lobes des oreilles. alors que f. murray abraham interprète le rôle de zero (revolori) vieilli, tom wilkinson joue le rôle de l’auteur relatant les faits dans son roman et n’est autre que jude law vieux. après tony revolori, jeune guatémaltèque de17 ans, saoirse ronan (prononcez sirshe ronan), qui joue la pâtissière de mendl dont zero va tomber amoureux, n’a que 19 ans. c’est le français alexandre desplat (prononcez déplat), oscarisé en 2007 pour the queen, qui signe la musique du film. c’est sa troisième collaboration avec anderson. le réal a réalisé le film en trois formats, pour coller aux époques qu’il filmait.