babycall

Babycall

réal. et scénario pal sletaune, int. noomi rapace, vetle qvenild werring, enrik rafaelsen, stig r. amdam, torkil johannes swensen hoeg. 2012, 96'. 3 pouces.

le synopsis
anna (rapace) emménage avec anders, son fils de 10 ans (werring), pour fuir son mari violent. apparemment traumatisée, elle achète un…


… babyphone pour s'assurer que son fils ne risque rien pendant son sommeil, et commence à entendre des cris…

l'avis
le danois sletaune est un grand malade. dans le bon sens du terme, bien sûr. car ses films – en tout cas les deux que j'ai vus (l'autre était next door, dont j'avais parlé dans ces "colonnes") – sont l'oeuvre d'un gars qui a vécu des tas de trucs bizarres ou qui a été en contact avec des gens qui ont vécu des tas de trucs bizarres. je doute qu'un homme sain d'esprit aurait pu imaginer de telles histoires. quoique.

or donc celle-ci tourne autour d'une femme qui n'a visiblement pas l'électricité à tous les étages, et on la comprend car on apprend assez vite qu'elle a été victime d'un mari violent qui s'en est pris aussi à leur fils. du coup, elle a fui et ledit mari est sous le coup d'une interdiction de les approcher. mais elle se méfie et imagine qu'il a retrouvé leurs traces. or ce n'est pas seulement elle qui est un peu bizarre. tous les autres personnages le sont aussi, de l'instituteur à l'assistant social, en passant par les voisins qu'elle suit au bord d'un lac.

et le réalisateur de brouiller habilement les pistes. car qui est réellement étrange? la jeune femme qui suscite certaines réactions en agissant avec méfiance ou "les autres" qui ont tous l'air d'en avoir après elle? la paranoïa est une spirale destructrice extrêmement efficace.

il faut aimer le cinéma scandinave, qui est, je n'apprendrai rien à personne, très "calme". il y a rarement un mot plus haut que l'autre et l'action tourne souvent à 2 à l'heure. mais calme ne veut pas dire mou. bien au contraire. cette apparente froideur cache en fait souvent un tempérament d'une redoutable efficacité. le style nordique a fait école depuis longtemps et les meilleurs polars et autres thrillers politiques, que ce soit dans la littérature ou au cinéma, font désormais figure de références. les danois, notamment, ont fait de l'étrange un genre – et du gore tranquille un sous-genre – majeurs.

le film est un voyage dans l'esprit, selon les propres termes du réalisateur, dont la récente paternité, qui lui a fait prendre conscience que l'amour peut être la plus dangereuse des émotions, a déclenché l'envie de faire ce film. je vous dis, ce mec est un peu tordu. mais les apparences sont trompeuses: ce thriller silencieux à tendance claustrophobe façon hitchcock se révèlera finalement être différent de ce qu'il semble nous faire croire dès le départ et le dénouement prendra le contre-pied du postulat. en plus d'être un tordu, ce sletaune est un petit malin…

arnaque visuelle pour certains, intéressant et bien fichu pour d'autres (dont je fais partie), ce film s'adresse à celles et ceux que la "facture" scandinave – calme, froide, épurée, silencieuse – ne dérange pas.

brèves de coulisses…
noomi norén
a épousé en 2001 l'acteur suédois ola rapace (dont elle divorcera en 2011). elle joue des petits rôles dans des comédies avant de voir sa carrière décoller avec le rôle de lisbeth salander dans la trilogie millénium de stieg larsson. depuis, elle a appris l'anglais et alterne les grosses productions (sherlock holmes: jeu d'ombres, guy ritchie, 2012 et prometheus, ridley scott, 2012) avec des projets scandinaves plus confidentiels (beyond, pernilla august, 2010 et babycall, pal sletaune, 2012). ce dernier a d'ailleurs reçu le grand prix et le prix de la critique internationale au festival du film fantastique de gérardmer 2012 ainsi que le prix d'interprétation féminine au festival international du film de rome 2012.