my week with marilyn

My week with marilyn

réal. simon curtis, scénario adrian hodges d'après l'oeuvre de colin clark, int. michelle williams, eddie redmayne, kenneth branagh, julia ormond, judi dench, dominic cooper, dougray scott, emma watson. 2012, 102'. 3 pouces.

le synopsis
1956, marilyn monroe (williams) vient d'épouser arthur miller (scott) et se rend pour la première fois en angleterre pour tourner le prince et la danseuse, avec et sous la direction de…



laurence olivier (branagh). jeune diplômé d'oxford de 23 ans, colin clark (redmayne) rêve de faire du cinéma et réussit à se faire engager comme assistant sur le film…
l'avis

on connaît l'histoire, ou plutôt le personnage.

il y avait la femme publique, la star cosmiquement adulée (ou jalousée, c'est selon), celle qui devint un mythe de son vivant et l'est encore aujourd'hui, parce qu'elle incarnait, au-delà d'un idéal féminin, une certaine idée d'un rêve qui n'était pas qu'américain. elle faisait rêver, ou plutôt on se servit d'elle pour faire rêver tout le monde, jeunes ou vieux (surtout vieux), riches ou pauvres, américains ou pas.

et puis il y avait la femme intime, secrète, plus norma jeane baker que marilyn monroe, la femme prise au piège d'une célébrité qu'elle avait pourtant recherchée. mais la célébrité vient avec un système dont on contrôle rarement les effets pervers. ainsi le monde entier aimait marilyn mais marilyn n'arrivait pas à garder un homme pour elle, sa légende perdure mais ses histoires d'amour ne duraient jamais longtemps. paradoxe, quand tu nous tiens.

d'où une star fragile, souvent malheureuse car solitaire, parfois déprimée et se réfugiant dans l'alcool et les narcotiques (c'est en tout cas ce qu'on voudra nous faire croire un certain 5 août 1962). toujours est-il que marilyn monroe, en représentation permanente, n'avait sans doute pas les épaules assez solides pour en supporter à long terme le poids écrasant.

marilyn monroe incarne pour l'éternité le syndrome de la marionnette, poupée manipulable à souhait qui, pour y trouver un temps son compte, finira par se brûler les ailes.

sous l'angle de l'anecdote – la semaine qu'un jeune homme timide et simple passera aux côtés de cette star immense -, le film montre plutôt cette marilyn-là, cette petite chose fragile qui "joue" parfaitement son rôle aux yeux du monde dès qu'elle apparaît en public (la scène à oxford) ou devant une caméra, mais qui, dans le secret d'une chambre d'hôtel, boit et pleure et ne cherche qu'un ami à qui se confier. cet ami, ce confident, qui deviendra amant platonique, c'est colin clark, qui ne peut faire autrement que de tomber amoureux d'elle, au grand dam de la petite costumière, lucy (watson). or elle sait parfaitement qu'elle n'est là que peu de temps et que, bientôt, elle devra retourner en amérique (pour retouver l'écrivain arthur miller avec qui elle vient tout juste de se marier). pourtant, elle flirte avec clark, ce jeune homme qui ne connaît rien de la vie mais sait que cette idylle impossible va lui briser le coeur. et c'est là toute la complexité du "personnage" que fut marilyn monroe. elle flirte avec ce jeune homme si différent de ce qu'elle connaît parce qu'elle recherche le véritable amour, c'est-à-dire l'amour pur, totalement désintéressé, loin de l'argent, de la gloire et des flashes. et ce jeune homme est en quelque sorte l'incarnation de son idéal à elle. mais elle flirte aussi parce qu'elle est poussée en permanence à jouer son rôle de beauté fatale. c'est pour elle comme une manière de se rassurer sur le pouvoir que son statut lui confère sur le monde et les hommes, un pouvoir qui, paradoxalement, lui fait prendre conscience de l'étendue de son malheur.

typique gémeaux, ça (elle était née un 1er juin). toujours le cul (qu'elle avait fort joli) entre deux chaises.

michelle williams est assez crédible en marilyn mais elle la sous-joue. quand on voit les documents d'archive, on se rend compte que la star en faisait des tonnes à chaque fois qu'elle apparaissait. dommage qu'on ne reconnaisse pas la marilyn qu'on connaît dans l'interprétation de williams. on comprend qu'elle n'a pas voulu faire une imitation, et c'est juste dans l'esprit. reste qu'elle aurait pu y aller un peu plus à fond. de même, on peine à voir en branagh un laurence olivier crédible. mais peu importe, le récit de ce jeune homme est touchant, même s'il a couché sur le papier sa fameuse "semaine avec marilyn" quarante ans après. on peut dès lors se demander si la magie du souvenir ne l'a pas un peu emporté sur la véracité des faits.

le film, cela dit, est réussi et les reconstitutions sont élégantes. il se laisse regarder avec plaisir.