un heureux événement

Un heureux événement

réal. rémi bezançon, d'après le roman d'éliette abécassis, int. louise bourgoin, pio marmaï, josiane balasko, thierry frémont, grabrielle lazure, anaïs, daphné bürki, firmine richard. 2011, 110'. 3 pouces.

le synopsis
le bouleversement de la vie de couple avec la venue d'un enfant vu par…


… la jeune mère…

l'avis
c'est vrai, ça: personne ne dit à la femme enceinte (ni à son compagnon d'ailleurs) comment va être "l'après-accouchement", la chute brutale et vertigineuse des hormones, la perte de la libido, la douleur, les crevasses, le sentiment de n'être plus désirable, la perte de sommeil, la fatigue, la privation de liberté, la fin des grasses matinées, les corvées de biberon, la perte de la spontanéité, les prises de bec avec l'autre pour savoir qui fait quoi, l'impatience devant un bébé qui pleure tout le temps, les reproches, la sensation qu'on ne sert à rien, ou plutôt qu'on n'est plus qu'un(e) esclave… en gros la "perte" (d'aucunes diront le don) de soi.

l'auteur du livre – la philosophe éliette abécassis – a vécu tout cela, la différence entre le discours ambiant sur la maternité et ce qu'elle a ressenti quand elle a eu son premier enfant. elle a eu l'impression qu'on lui avait caché tout ce qui se passe réellement quand on a un enfant. et elle a eu envie de briser cette omerta autour de la période post-natale, ce consensus selon lequel tout est beau et merveilleux (comme si dire la vérité allait effrayer les femmes au point de ne plus avoir la moindre envie d'enfanter), ce tabou – l'un des derniers de nos sociétés occidentales – sur la maternité, cet "heureux événement" qui n'est peut-être qu'une idéologie fabriquée de toutes pièces.

bien sûr c'est beau et merveilleux d'avoir un enfant, mais la plupart des jeunes femmes qui donnent naissance pour la première fois ne savent pas vraiment ce qui les attend. désormais ma vie ne m'appartenait plus, je n'étais plus qu'un creux, un vide, un néant. désormais, j'étais mère. la part autobiographique du film est donc évidente (le personnage de barbara prépare un doctorat en philosophie et je ne serais pas surpris que son sujet de thèse – la question de l'autre dans le système logico-philosophicus de wittgenstein – ait été le sien).

sans concession ni tendresse, comédie dramatique, comme on dit, ce film est à voir (ou le roman à lire, car m'est avis que le premier est une fidèle adaptation du second), et pas seulement par tous les amoureux qui entendent se lancer dans l'aventure (car c'en est une)…

ariane louise bourgoin se construit une jolie carrière cinématographique. elle qui n'a jamais été enceinte (le maquillage est bluffant), elle se montre très convaincante dans ce rôle qui lui a fait peur du début à la fin du tournage. on l'a d'ailleurs surnommée la "harceleuse de femmes enceintes", tant elle était avide de tout savoir sur la grossesse pour préparer son rôle. pio marmaï quant à lui s'est distingué récemment dans le rôle beaucoup moins tendre de francis le belge.