la fille du puisatier

La fille du puisatier

réal. daniel auteuil, d'après l'oeuvre de marcel pagnol, avec daniel auteuil, astrid berges-frisbey, nicolas duvauchelle, kad merad, jean-pierre daroussin, sabine azéma, émilie cazenave, marie-anne chazel. 2011, 107'. 3 pouces.

le synopsis
1939, les baux-de-provence. éduquée à paris, patricia a 18 ans lorsqu'elle revient vivre chez son père, puisatier de son état. elle rencontre un jeune pilote de 8 ans son aîné, jacques mazel,…


… qui lui fait un enfant avant de partir précipitamment à la guerre. son père la rejette…

l'avis
ce remake était-il bien nécessaire? on comprend qu'auteuil, pour qui j'ai par ailleurs le plus grand respect, ait voulu se faire plaisir, se remplir les narines de ces odeurs provençales au milieu desquelles il a grandi ou rendre hommage à marcel pagnol, celui qui lui a permis de décrocher le césar du meilleur acteur en 1986 aux côtés, excusez du peu, d'yves montand, de gérard depardieu et d'emmanuelle béart, ce même césar qui consacra son talent d'acteur dramatique, après de nombreux rôles comiques…

mais bref, ici malgré quelques têtes d'affiche qui n'en sont pourtant pas à leur coup d'essai, il y a comme qui dirait erreurs de casting. que dire de daroussin, que j'adore, mais dont l'accent est fluctuant (surtout dans cette scène vers la fin où il l'oublie purement et simplement), d'azéma qui se croit dans un film de resnais et qui, comme d'habitude, joue un poil faux, de la jeune berges-frisbey, dont le manque d'expressivité brise l'empathie que l'on pourrait ressentir à l'égard de son personnage, ou de duvauchelle, dont les rôles de voyous ou de flics violents (sans compter sa très mauvaise diction) influent directement sur sa crédibilité en fils de bonne famille (vous me direz, et vous aurez raison, que charpin ne valait sans doute pas mieux)? erreurs de casting ou lassitude de voir ces acteurs se livrer au même exercice qu'on leur connaît par coeur. finalement, c'est kif-kif. restent auteuil, toujours égal à lui-même, c'est-à-dire juste et sincère, et merad, qu'on a beaucoup critiqué car il a eu le tort d'apparaître dans tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi), mais qui, contre toute attente, tire assez bien son épingle du jeu dans la peau d'un felipe amoureux malheureux.

résultat, là où le film original parvenait à créer une émotion naturelle, même si un peu mélodramatique, la fille du puisatier version 2011 tente de susciter une émotion fabriquée, sans toutefois jamais y parvenir tout à fait. de plus, si le drame original était très moderne à l'époque de pagnol, il en devient ici, par ricochet, très désuet malgré sa réalisation récente. la force de marcel pagnol venait de l'universalité des thèmes qu'il exploitait – l'amour, l'enfance, les souvenirs, les origines, l'amitié – et de l'immense tendresse dont il emplissait ses histoires, cette tendresse que ses acteurs traduisaient souvent avec ferveur. hélas (ou heureusement), n'est pas pagnol qui veut et il manque à auteuil, malgré tout son talent, ce petit quelque chose qui aurait fait de son film un grand film…

à mon humble avis, la fille du puisatier 2011 est à voir par curiosité, pour la comparaison, mais il est loin derrière l'original, et ne possède pas même la puissance du diptyque de claude berri (1986) jean de florette/manon des sources (eux-mêmes remakes des films que pagnol réalisa respectivement en 1952 et 1953).