les lyonnais

Les lyonnais

réal. olivier marchal, scénario olivier marchal et edgar marie, d'après l'oeuvre d'edmond vidal, int. gérard lanvin, tchéky karyo, daniel duval, lionnel astier, patrick catalifo, françois levantal, dimitri storoge, valeria cavalli. 2011, 102'. 3,5 pouces.

le synopsis
à l'approche de la soixantaine, edmond vidal (lanvin) tente d'oublier qu'il fut…


… l'un des plus célèbres braqueurs de france dans les années 1970. de ses origines gitanes, il a conservé le sens de l'honneur, de la famille et de l'amitié. notamment pour serge luttel (karyo), l'ami d'enfance, qui, lui, n'a rien renié de son itinéraire…

l'avis
la sortie d'un film d'olivier marchal est toujours, pour moi, un mini-événement. cet ancien flic reconverti en acteur, puis en réalisateur, s'est inventé un univers tiré de son expérience personnelle à la pj de versailles dans les années 80. un univers forcément noir, parfois glauque, toujours réaliste, où évoluent des écorchés vifs que la vie n'a pas épargné. des personnages, bandits au grand coeur ou infâmes salauds, que la violence du passé finit toujours, tôt ou tard, par rattraper. j'admire cette force, ce réalisme, cette écriture au cordeau et ces dialogues ciselés qui rendent même les pires de ses personnages bouleversants d'humanité.

chef du gang des lyonnais, qui sévit de 1967 à 1974, edmond vidal compte plutôt parmi les bandits au grand coeur, de ceux qui ont une ligne de conduite, un code d'honneur, des valeurs immuables, et qui s'y tiennent toute leur vie. un braqueur qui fut certes fiché au grand banditisme mais dont le gang avait la particularité de ne pas verser le sang. l'homme n'est pourtant pas un tendre: on n'atteint pas le statut d'homme le plus recherché de france à coups de gentillesse. mais voilà, sans chercher ni la compassion ni la sympathie, marchal parvient à faire naître l'empathie. et c'est là sa grande force.

et pourtant c'était loin d'être gagné. vidal est un gitan, de ces types qui font peur même (surtout) s'ils sont calmes. il a vécu son enfance dans la misère d'un camp et a grandi dans la violence. mais son père, heureusement, lui a inculqué quelques valeurs auxquelles l'enfant s'accrochera et nourrira à l'âge adulte. ses premiers pas de criminels, il les fait avec serge luttel (karyo), son ami de toujours (qui n'a cependant jamais existé dans la réalité). les deux gamins de 18 ans se font arrêter pour avoir volé un cageot de cerises: six mois prison pour l'exemple. le début du cercle vicieux. et vidal, dit momon, deviendra le meneur d'une bande que rejoindront vite trois autres garçons: christo, dany (qu'interprétent respectivement duval et astier plus vieux) et nick le grec.

les lyonnais est l'histoire d'une trahison qui fait sortir vidal de sa vie retirée et… de ses gonds. car il n'y a pas pire, pour ces hommes qui placent l'honneur et l'amitié au-dessus de tout, que la trahison. encore une fois, malgré la violence de cette réalité et la noirceur de ces âmes, il se dégage de ce film qui n'est habité par aucune volonté d'attendrir une grande émotion qui reste gravée bien après le générique de fin. marchal a totalement renouvelé le polar à la française. et on ne saurait rester indifférent à l'univers qu'il construit depuis plus de 10 ans. si vous aimez ce genre, courez.

brèves de coulisses…
à l'origine, les lyonnais devait se dérouler sur deux longs-métrages, à la manière de mesrine. finalement, les deux époques (les années 70 et aujourd'hui) se mélangent, chacune éclairant l'autre. le personnage de serge suttel (que bernard giraudeau devait interpréter) – qui s'inspire en fait de trois ou quatre personnages qui ont croisé la vie de vidal – apporte un véritable intérêt dramatique à l'histoire. edmond vidal a, très tôt, voulu que ce soit olivier marchal qui réalise l'adaptation de son roman. c'est alain delon qui devait interpréter son rôle. finalement, pour des raisons de planning et de désaccords sur le scénario, c'est gérard lanvin, encore une fois, qui l'a décroché. encore une fois car il l'avait déjà interprété, en 1981 (alors que vidal était en prison), dans la série télévisée la traque. vu son succès, le film suscite l'intérêt des frères weinstein, producteurs américains qui ont distribué the artist et intouchables aux états-unis.

les gueules de marchal
il faut ce qu'on appelle des "gueules" d'hommes virils et burinés pour interpréter avec crédibilité les personnages de marchal. et de ces gueules-là, on se rend compte que le cinéma français n'en manque pas: daniel auteuil, lionnel astier, daniel duval, gérard lanvin, gérard depardieu, nicolas duvauchelle, olivier marchal lui-même, et même jean-hugues anglade, sans compter les seconds rôles comme francis renaud ou françois levantal qui n'ont rien à envier aux premiers. tous ont peuplé, à un moment ou à un autre, l'univers sans concession de marchal. un univers où les femmes ont une place limitée mais qui, quand elles en trouvent une, tendent des miroirs sans complaisance à leurs homologues masculins: broyées par l'existence et usées par les désillusions. ainsi catherine marchal (l'épouse du réal, mr73), olivia bonamy (mr73), karole rocher (braquo), valeria cavalli (kaamelott) ou sophie broustal (braquo) apportent une contre-partie, elle aussi magnifique d'humanité à ces gueules cassées.

filmo (très) sélective de marchal en tant que réalisateur/scénariste:
un bon flic (1999)
central nuit (2001)
gangsters (2002)
36, quai des orfèvres (2004)
flics (tv, 2008-2011)
mr73 (2008)
diamant 13 (2009)
braquo (tv, 2009-2010)