sherlock holmes: jeu d’ombres

Sherlock holmes - jeux d'ombres

réal. guy ritchie, scénario michele mulroney, kieran mulroney, int. robert downey jr, jude law, jared harris, noomie rapace, stephen fry, kelly reilly, rachel mcadams. 2012, 127'. 3,5 pouces.

le synopsis
six mois après les événements du premier épisode, le professeur moriarty (harris), ennemi juré de sherlock holmes (downey jr) et génie du crime richissime et sans scrupule, a décidé de…


… semer la mort à grande échelle. s'il y parvient, sa fortune et son pouvoir seront sans limites…

l'avis
sherlock holmes en action hero? mais pourquoi pas! en plus, c'est tellement bien fichu qu'on y prend vraiment du plaisir. guy ritchie partage ceci avec conan doyle qu'il sait captiver son spectateur. et pour ce deuxième épisode, il donne dans la surenchère intelligente.

or donc, le tandem holmes-watson, qui ne s'étaient pas vus depuis six mois, repart de plus belle. et on comprend que ces deux-là sont décidément attachés l'un à l'autre. à ce titre, la séquence du train se passe de tout commentaire: holmes, déguisé en femme, jette littéralement par la porte du wagon mary (reilly), la jeune épouse de watson (law) (ils viennent tout juste de se marier). mais c'est, lui dit-il, pour la bonne cause. furieux, watson veut quand même casser la figure à holmes. dans la lutte, il se retrouve entre les jambes de ce dernier avant que les deux compères ne se retrouvent couchés l'un à côté de l'autre sur le sol pendant que les balles pleuvent.

mais voici les deux héros sortis de ce mauvais pas, extrait.
holmes: our relationship…
watson: our… relationship?
holmes: allright our partnership…
fin de la séquence.

quoiqu'un peu lourdingue au niveau de la symbolique, le tout est construit avec tellement de panache et d'humour que la dragée passe plutôt bien (et on apprendra plus tard que holmes voulait éviter à mary de se faire tuer dans ce train et lui avait confié un rôle capital. ouf, la morale est sauve).

le premier film se terminait sur l'apparition prochaine du professeur moriarty. ce deuxième volet lui fait, logiquement, la part belle. son interprète, jared harris, quitte donc pour un temps le costume ultra-distingué et l'ambiance sixties des bureaux publicitaires de mad men, pour se glisser, sans se départir de son flegme tout britannique, dans celui, très victorien, d'un universitaire reconnu et respecté, mais qui n'en ourdit pas moins des plans diaboliques. barbu, l'acteur tient bien son rôle et son jeu subtil, servi par quelques gros plans bien sentis, laisse percer par moments des fêlures profondes qui ne présagent rien de bon. après lord blackwood (mark strong), sherlock a enfin trouvé son double maléfique (et récurrent).

les inconditionnels du grand détective (dont je fus, même si c'est loin) s'offusqueront peut-être du traitement que le cinéma de ritchie lui inflige. perso, je trouve qu'on assiste pour la deuxième fois à une modernisation sans trahison du mythe. downey jr est parfaitement à l'aise (et crédible) dans ce rôle (il l'était déjà dans le premier): intello mais pas trop, un peu space et parfois bien schlagué. la psychologie du personnage est respectée. l'idée, brillante, de l'avoir en plus rendu physique (il ne l'est jamais dans les romans, pour autant que je me souvienne) ne fait que renforcer le côté romanesque du personnage.

on se prend tellement au jeu qu'on en redemande. ce qui ne saurait tarder puisque, c'est officiel, il y aura bien un opus 3. alors moi je dis: courez vite le voir!

brèves de coulisses…
pour apporter une nouvelle dimension à l'histoire, ritchie n'hésite pas à balader ses personnages hors d'angleterre, plus précisément en france, en allemagne et en suisse. en réalité, tout a été tourné à londres, sauf la séquence de l'attentat de strasbourg qui a été tournée à… strasbourg. sur la place de la cathédrale, plus précisément, dont le "maquillage" (des enseignes en allemand ont été ajoutées puisque l'alsace faisait à l'époque partie de l'empire austro-hongrois) et la production ont duré près d'un mois. ils ont nécessité 220 comédiens, 250 figurants et plus de 200 techniciens et artisans. tout ça pour une séquence de quelques secondes à l'écran.

pour transposer les fameuses prévisualisations mentales quasi instantanées de holmes avant un combat, mais aussi les plans d'évasion de l'usine d'armement, le directeur de la photo philippe rousselot a utilisé, comme dans le premier film, une caméra numérique à très haute vitesse appelée phantom. le compositeur allemand hans zimmer (gladiator et inception, entre autres) signe la bande originale pour la deuxième fois et c'est un vrai bonheur.

le film est, avec 125 millions de dollars, le plus cher que ritchie ait tourné à ce jour. grâce à monsieur joel silver, producteur d'innombrables block-busters américains et à qui robert downey jr doit d'être aujourd'hui au sommet de sa carrière. pour le rôle de moriarty, quantité de comédiens étaient pressentis, comme on dit: brad pitt, gary oldman, daniel day-lewis, sean penn et javier bardem, mais la production ne voulait pas que ce personnage soit éclipsé par une star. aussi s'est-elle tournée vers jared harris, que l'on a pu voir dans mad men en directeur (britannique) de l'agence sterling cooper. de même, pour le personnage (français) de sim, sophie marceau, audrey tautou, eva green, juliette binoche et marion cotillard ont été envisagées avant que downey jr n'impose noomie rapace… qui parle anglais dans le film à des personnages français. mais des acteurs français figurent tout de même au casting: thierry neuvic (le copain du personnage de cécile de france dans au-delà, l'avant-dernier eastwood) et les jumeaux victor et alexandre carril, que downey jr avait vus dans donne-moi la main.