la conquête

La conquête

réal. xavier durringer, int. denis podalydès, florence pernel, bernard le coq, hippolyte girardot, samuel labarthe, grégory fitoussi, saida jawad, dominique besnehard, pierre cassignard. 2011, 105'. 3 pouces.

le synopsis
l'irrésistible ascension de nicolas sarkozy (podalydès), promis aux plus hautes fonctions de l'état, après…


… cinq ans de coups tordus, de coups de gueule et de confrontations en coulisses.

l'avis
ce film est l'histoire d'un homme (plus généralement de ceux qui agissent dans les arcanes du pouvoir) assez intelligent pour gagner le pouvoir, mais qui, à mesure qu'il l'obtient, se montre totalement impuissant à garder sa femme (qu'il avait d'ailleurs, soit dit en passant, "volée" à un autre quelques années auparavant). les producteurs cherchaient aussi depuis longtemps à faire un film sur le nouveau marketing électoral, en particulier, et politique en général – instantanéité de la médiatisation, importance des rivalités personnelles, mise en avant des stratégies – pour "dénoncer la façon dont le système politique se néantise et prévenir des dangers d'une telle dérive idéologique". vaste programme quand on sait qu'alexis de tocqueville disait déjà, il y a presque deux siècles, que la politique n'était plus un débat d'idées mais une foire d'empoigne où l'on réclame en permanence du pain, des jeux et des boucs émissaires. le scénario, qui s'étend de 2002 au soir de la victoire, le 6 mai 2007, privilégie trois axes: les rapports tendus de nicolas sarkozy avec jacques chirac (le coq) et dominique de villepin (labarthe), sa vie privée avec sa femme cécilia (pernel) et sa gestion en tant que ministre de l'intérieur.

dans ce genre de film, on se pose toujours la question de savoir ce qui est vrai et ce qui est "romancé", voire inventé. devant un dominique de villepin qui s'exclame "putain" ou "je vais le baiser avec du gravier", ou encore devant certaines situations, on ne peut s'empêcher d'être surpris, sceptique, voire ironique. alors on s'informe et, déniaisé d'un coup, on découvre que le scénariste patrick rotman est connu pour ses documentaires sur la guerre d'algérie ou les camps de concentration, chirac ou la libération. bref que c'est un type qui se livre à un vrai travail de journaliste d'investigation et se documente à fond avant d'écrire ou de réaliser. ainsi il a égrené des dizaines d'interviews de nicolas sarkozy, dont une qu'il avait faite lui-même, épluché des centaines d'articles de presse publiés pendant cette période, rencontré des informateurs, des protagonistes et des témoins, compulsé une soixantaine de livres écrits sur le futur président, croisé et recoupé les anecdotes. en fin de compte, il a réuni une documentation impressionnante pour proposer des reconstitutions très fidèles à la réalité, s'inspirant aussi de the queen (frears, 2006) qui était à la limite du reportage. il a eu également recours aux services de michaël darmon, journaliste politique sur france 2 et itélévision, et spécialiste de  sarkozy depuis 2002. cela dit, rotman insiste sur le fait que ce film est une oeuvre de fiction. une vingtaine de scènes clés sont véridiques (les face-à-face entre les trois principaux protagonistes) mais beaucoup de scènes ont été inventées. "finalement, la fiction est une façon de dire le vrai avec du faux, et la question n'est pas d'être exact mais d'être vraisemblable", déclare-t-il.

la conquête est un film qui mérite d'être vu. nicolas sarkozy apparaît sous un jour plus humain, avec ses failles et ses faiblesses, mais aussi son sens du sacrifice qu'exige sa soif de pouvoir (agrémentée d'un goût prononcé pour sa propre starification). le film s'intéresse également à l'aspect "actoral" de l'homme. comme un artiste, il est coiffé, maquillé, habillé. on lui écrit des discours qu'il répète devant des salles vides avant de les "interpréter" devant son "public". il est confronté à la solitude et au trac avant d'entrer en scène. puis la lumière est braquée sur lui, et il "joue" son rôle face à la foule qui l'applaudit (ou le conspue). tout, absolument tout, est calculé, testé, dosé et maîtrisé pour émouvoir l'électeur. mais le film ne tombe jamais ni dans la caricature ni dans l'empathie.

les coulisses
le scénario de départ était totalement différent. il partait de l'idée que sarkozy mourait dans un accident de voiture le jour de son élection et imaginait ce qui se passait les quarante jours suivants. inutile de dire qu'il fut vite abandonné pour se tourner vers une histoire plus proche de la réalité. mais le film n'en a pas été plus facile à monter financièrement. méfiance devant un territoire dont tout le monde se méfie, tabou, crainte des représailles, autocensure… les maisons de production se sont toutes montrées extrêmement frileuses devant cette histoire qui ressemblait plus à une patate chaude qu'autre chose. une histoire shakespearienne, selon xavier durringer, qui compare les rivalités entre chirac, villepin et sarkozy, mais aussi les luttes intestines à l'ump, à celles de certaines pièces du dramaturge anglais. de même, toujours pour le réalisateur, l'autre dimension romanesque du film est la relation de sarkozy avec sa femme qui, vingt ans durant, s'est battue à ses côtés pour le faire accéder aux fonctions suprêmes et qui le quitte quand il y accède.

la ressemblance de certains acteurs avec leur modèle est bluffante pour certains, moins pour d'autres, mais peu importe, le parfum du réel fait vite oublier le "syndrome sosie". en tout cas, le pari est réussi. non seulement c'est la première fois dans toute l'histoire du cinéma français qu'un film de fiction est réalisé sur la conquête du pouvoir d'un homme, alors que l'homme en question est encore dans l'exercice de ses fonctions. il y a un précédent aux états-unis où oliver stone avait réalisé w – l'improbable président, sorti alors que bush n'avait pas fini son second mandat.

marrant à savoir
ségolène royal n'apparaît pas du tout dans le film, le scénariste ayant estimé qu'elle ne servait pas l'intrigue (elle ne sert à rien de manière générale). acteur de gauche, denis podalydès avait voté royal en 2007 et a dû faire abstraction de ses convictions politiques pour incarner le président. il avait d'ailleurs été approché il y a quelques années pour incarner… françois mitterand dans un film où jacques chirac aurait été interprété par… jean dujardin! inutile de dire que le projet a vite été abandonné. d'autre part, dominique besnehard, agent artistique à la diction horripilante mais que les stars du cinéma français s'arrachent, joue ici le rôle d'un conseiller de l'ombre de sarkozy. un rôle symétrique à celui qu'il a joué auprès de ségolène royal pendant la campagne présidentielle de la candidate socialiste. l'affiche du film s'inspire d'une scène cocasse du film où, lors d'une interview, sarkozy est assis sur un tabouret bien trop haut pour sa taille. il invective alors ses conseillers: "mais qui est-ce qui m'a foutu un truc aussi haut? c'est pour de villepin ou quoi?"