à l’origine

à l'origine

réal. xavier giannoli, int. françois cluzet, emmanuelle devos, gérard depardieu. 2009, 130'. 3 pouces.

le synopsis
petit escroc solitaire, philippe miller (cluzet) passe par hasard devant un chantier d'autoroute abandonné. de fil en aiguille, de malentendus en opportuités, miller y voit le moyen de réaliser…


… sa plus belle escroquerie. mais son mensonge va lui échapper.

l'avis
ce film raconte la complexité d'un personnage, un rebelle dont l'étrange destin va l'amener à construire tous les éléments que les rebelles "classiques" veulent détruire: travail, responsabilités familiale, sociale et morale, et même culpabilité.

mais son principal intérêt vient de ce qu'il décortique surtout la mécanique subtile, parfois fortuite, du mensonge, un mensonge qui va devenir une vérité pour tout le monde, y compris pour son instigateur. au point qu'il se battra pour terminer ce qu'il a commencé, comme si cette imposture s'était muée en un combat désespéré pour exister, comme si l'escroquerie s'était transformée en une quête vitale de liberté. triple ironie de l'histoire, cette quête le mènera en prison, le tronçon d'autoroute qu'il s'échinera à construire ne mène nulle part, à l'image de sa propre vie, et les premiers à l'emprunter seront les policiers venus l'arrêter.

ce film s'inspire de l'histoire incroyable d'un certain philippe berre. un homme effacé et contradictoire de 56 ans, un homme "de circonstances" (dixit le réalisateur xavier giannoli, qui l'a rencontré pour étayer le personnage de son film), sorte de caméléon à qui les événements dictent qui il doit devenir pour obtenir ce qu'il veut. condamné il y a une dizaine d'années à cinq ans d'emprisonnement, berre dira à giannoli lors de leur entretien,: "l'important est que vous montriez que j'ai bien fait mon travail". sorti de prison, il sera de nouveau arrêté en 2009 alors qu'il tentait de se faire passer pour un fonctionnaire chargé d'aider les sinistrés de la tempête xynthia.

à l'origine (qui devait s'intituler je suis parti de rien) a valu à emmanuelle devos (déjà césarisée en 2002 pour son rôle de malentendante dans l'incroyable sur mes lèvres, de jacques audiard) le césar 2010 de la meilleure actrice dans un second rôle. cluzet (césarisé en 2007 pour ne le dis à personne), familiers des spirales infernales sous différentes formes (celle de la jalousie dans l'enfer, de claude chabrol, 1994, celle du spectateur impuissant dans l'adversaire, de nicole garcia, 2002, ou celle du deuil, dans ne le dis à personne, de guillaume canet, 2006), y est très juste en escroc solitaire et maladroit.