déjà vu

Dj_vu réal. tony scott, int. denzel washington, val kilmer, paula patton, jim caviezel. 2005, 130'. 3 pouces

le synopsis
nouvelle orléans. un attentat à la bombe est perpétré sur un ferry, tuant plusieurs centaines de personnes. chargé de l'enquête, l'agent doug carlin (d. washington) est enrôlé dans une nouvelle cellule du fbi ayant découvert par accident le moyen…

… d'ouvrir une fenêtre sur le temps afin d'observer des événements s'étant déroulés quatre jours, six heures et quelques minutes auparavant… et d'empêcher ainsi que des crimes ne soient commis en arrêtant les criminels à temps.

l'avis
variation autour du thème fascinant qu'est le voyage dans le temps. sauf qu'ici, le levier n'est pas celui de la science-fiction mais plutôt du polar technologique. de nombreux romans et films ont abordé ce thème qui passionne depuis toujours l'humanité au moins autant que celui de l'immortalité. si la machine à remonter le temps, que herbert george wells écrivit en 1895, peut revendiquer la paternité littéraire du concept, la machine à remonter le temps (l'original de 1960 et son inutile remake de 2002), c'était demain (1979), nimitz retour vers l'enfer (1980), les terminator (1984, 1991 et 2003), les retour vers le futur (1985, 1989 et 1990), sphere (1998), les planète des singes (l'original de 1968 et la version de tim burton en 2001) ou encore la série tv code quantum (1989-93) se sont chargés depuis de son exploitation filmique.

mis à part l'explication technique forcément un peu alambiquée sur le pourquoi de cette "fenêtre" ouverte sur le passé et le "voyage" un peu facile du héros à la fin, reste un film assez haletant autour du véritable noyau dramatique du film (et de tout récit reposant sur cette idée): peut-on modifier l'avenir (c'est-à-dire le présent) en agissant sur le passé?

cette question n'a de sens que si l'on admet l'existence non pas d'un seul espace-temps, mais d'une infinité! imaginez le nombre de choix différents qu'il est possible de faire en une heure. imaginez encore que tous ces choix ont chacun une conséquence différente sur notre vie. imaginez enfin que toutes ces vies "qui auraient pu être" (en tant que résultats de nos choix) existent bel et bien, mais dans des réalités parallèles que nous ne connaîtrons jamais. voyager dans le temps créerait ainsi une "bifurcation" dans le continuum "actuel" aboutissant à un continuum parallèle, identique au mien, à ceci près qu'il serait le résultat d'un autre choix de vie. si une machine à explorer le temps existait, il y a fort à parier que l'on pourrait "visiter" ces espaces parallèles et que l'on y verrait évoluer un autre nous-même. sans verser dans le science-fictionnel ni dans le voyage spatio-temporel, alain resnais abordait le sujet – notre vie peut changer du tout au tout en fonction de nos choix – dans smoking/no smoking.

la fin de déjà vu, et sans vouloir révéler quoi que ce soit, n'est compréhensible que si l'on a admis ce principe.

le "cas" terminator (n°1, 1984)
principe: john connor (chef des rebelles en 2019) envoie un volontaire en 1984 dans le but de protéger sa mère, sarah connor, contre un terminator chargé de l'éliminer (car en l'éliminant, on élimine le risque d'une rebellion dans le futur). incohérence: john connor envoie dans le passé celui qui se révélera être son propre père. or, pourquoi envoyer son propre père s'il existe dans l'avenir? il aurait dû envoyer n'importe qui, mais pas son père. l'histoire ne peut donc se passer que pour la seconde fois. mais dans ce cas, avec qui sarah connor a-t-elle fabriqué john connor la première fois? car, comble de l'incohérence, le père de john connor, le fameux volontaire-belle gueule, meurt à la fin du 1er film. donc s'il meurt en 1984, il ne peut pas vivre en 2019 pour être renvoyé en 1984.

le cas planète des singes (2001)
ici, tim burton ne joue pas sur le voyage dans le temps mais sur le voyage dans les mondes parallèles, où coexistent donc des réalités parallèles, à la manière de la série tv sliders. la fin avait d'ailleurs suscité l'incompréhension totale, car le héros, souvenez-vous, retournait sur terre après son voyage dans l'espace pour trouver un monde gouverné par… les singes. retournement génial – mais décrié car incompris tant par la critique que par le public – qui apportait un éclairage nouveau et vraiment original au roman de pierre boulle. et en ce sens, la planète des singes de tim burton n'était pas du tout un remake mais une variation d'auteur sur le thème.

coulisses…
frère de ridley (ça c'est un scoop, giamarchi), le réalisateur tony scott a réalisé notamment top gun (1986), true romance (1993), uss alabama (1995), ennemi d'état (1999), spy game (2002) et man on fire (2004), avec denzel washington. le même denzel washington n'en est d'ailleurs pas à son premier thriller fantastique: il avait interprété un flic tenace et malin dans le témoin du mal (1998), petit film au scénario génial qui était presque passé inaperçu à l'époque de sa sortie. jim caviezel, quant à lui, est "connu" pour avoir interprété rien moins que… jésus christ, dans l'avant-dernier film très controversé de mel gibson, la passion du christ.