le cinéma expressionniste allemand

cinémathèque française, rue de bercy 51, 75012 paris, du 26 octobre 2006 au 22 janvier 2007, €7, http://www.cinematheque.fr

expressionnisme?
« laissez à nous autres allemands les horreurs du délire, les rêves de la fièvre et le royaume des fantômes, l’allemagne est un pays qui convient aux vieilles sorcières, aux peaux d’ours morts, aux golems de tout sexe. ce n’est que de l’autre côté du rhin que de tels spectres peuvent réussir; la france ne sera jamais un pays pour eux », déclare le poète et journaliste heinrich heine en 1833. cette curieuse déclaration d’appropriation d’un genre (sortie il est vrai…

… de son contexte) est bien antérieure à l’apparition de l’expressionnisme mais se rapproche, chronologiquement parlant, du mouvement gothique, apparu au début du 19e siècle notamment dans la littérature anglaise (frankenstein). selon ses concepteurs, l’expressionnisme ne doit pas être réduit ni à un courant de pensée ni à un mouvement artistique: c’est une vision du monde. né officiellement au début du 20e siècle en protestation à la pensée bourgeoise et à l’académisme (comme tous les mouvements prônant un renouveau) et en 1919 au cinéma, il est exacerbé par une guerre sanglante et par l’accablement d’un peuple désireux de vivre à tout prix mais qui ne parvient pas à se délivrer de l’angoisse du lendemain. l’expressionnisme disparaîtra (la fin du monde, prédite par ses poètes) en 1933, avec l’envoi de ses représentants en camps de concentration, leur renvoi des écoles des beaux-arts, la destruction systématique de leurs livres et la vente aux enchères de leurs tableaux pour alimenter le parti nazi (ou leur exposition au mépris du public comme « art dégénéré »).

les thèmes principaux…
il faut, disaient les expressionnistes, se détacher de la nature et s’efforcer de dégager « l’expression la plus expressive » d’un objet. jardins déchiquetés, arbre en fleur se transformant en tête de mort, exaltation de la brume, du clair-obscur, le cinéma expressionniste allemand explore d’autres domaines: les intérieurs, véhiculant des univers discordants aux lignes brisées et aux perspectives forcées où s’opposent ombres et lumières, murs penchés, angles saillants et sols escarpés (le cabinet du docteur caligari); la rue, oblique et sombre, qui engendre des dictateurs, comme dans le dr mabuse ou la peste, comme dans faust; les escaliers, symboles du devenir (les marches en étant les degrés), la rédemption (les pestiférés attendant dans l’escalier de faust), la débauche sexuelle (l’ange bleu), la fuite, bien sûr (le cabinet des figures de cire), la déchéance (le dernier des hommes) et l’holocauste (metropolis); mais aussi le corps humain, instrument absolu dont l’acteur doit se servir pour « inventer des mouvements dépassant la réalité », d’où un jeu très théâtralisé, pour ne pas dire outrancier, pour exprimer un moi terrifiant, hanté par le dédoublement (l’étudiant de prague vend son ombre au diable, faust vend son âme à méphisto, le dr mabuse possède plusieurs visages qui lui permettent d’échapper à la police, la belle kriemhild se transforme en monstre sanguinaire…).

conception artistique et collaboration créative
« la tâche d’un décorateur n’est pas de construire de beaux décors mais de toucher au cœur des choses au-delà de leur surface. c’est cela qui fait de lui un artiste, ou alors mieux vaut prendre un apprenti-charpentier habile », disait paul leni, réalisateur du cabinet des figures de cire (1924). l’expressionniste se caractérise ainsi par un style décoratif proche du cauchemar. jamais réalisateurs, décorateurs, éclairagistes et chefs opérateurs n’ont travaillé dans une telle synergie et
avec un tel respect mutuel. le résultat de cette symbiose entre art, architecture, lumière et film est unique et constitue sans doute l’un des moments les plus forts de l’histoire et de l’esthétique du cinéma.

les principaux films expressionnistes allemands
le cabinet du docteur  caligari (robert wiene, 1920), de l’aube à minuit (karl-heinz martin, 1920), nosferatu (friedrich wilhelm murnau, 1922), dr mabuse, le joueur (fritz lang, 1922), le dernier des hommes (f. w. murnau, 1924), le cabinet des figures de cire (paul leni, 1924), la rue sans joie (georg wilhelm pabst, 1925), l’étudiant de prague (henrik galeen, 1926), faust (f. w. murnau, 1926), metropolis (f. lang, 1927), aurore (f. w. murnau, 1927), l’ange bleu (josef von sternberg, 1930), m le maudit (f. lang, 1931).

excellente exposition au sein d’un musée passionnant. à voir absolument si vous êtes sur paris…