il était une fois disney…

aux sources de l’art des studios disney, grand palais, paris, jusqu’au 15 janvier 2007, € 10.

le talent de walt disney, qui renonce à dessiner dès le milieu des années 1920 (mickey naît en 1928 de son imagination mais sous le trait de crayon de son compère urb iwerks), réside dans une grande intuition artistique, tant dans le choix de ses collaborateurs que dans celui des sources littéraires ou cinématographiques nécessaires à la création de ses films. en engageant les meilleurs artistes européens, débarquant de leur pays natal avec leur bagage culturel, disney le chef d’orchestre s’assure en effet une richesse qui ne sera pas qu’artistique. s’il n’a créé ni le dessin animé ni les histoires qu’il raconte, il leur offre une audience universelle, donc accessible au plus grand nombre, accédant du même coup à une renommée planétaire. mais, …

… encensé à ses débuts par l’intelligentsia pour ses innovations, walt isney est assez vite décrié pour sa mièvrerie. il reprend sans vergogne telle quelle une histoire, invente des épisodes manquants à son goût, transforme une histoire quand celle-ci ne correspond pas à sa vision ou fait d’un personnage secondaire un personnage principal. devant le parallèle systématique que l’excellente exposition du grand palais établit entre le travail des studios et leurs sources, on reste souvent muet: le résultat était tantôt un plagiat pur et simple, tantôt une adaptation réussie (et artistiquement très belle).

la créativité en tout et avant tout…
si walt disney n’a pas inventé le dessin animé, il en perfectionne certaines techniques afin de servir son propos. le multiplan, par exemple: on superposait différents éléments constitutifs d’une scène, d’un plan ou d’une séquence, afin d’en gérer le déroulement de manière optimale. la caméra était positionnée à la verticale et les éléments à filmer à l’horizontale. les dessinateurs pouvaient se concentrer sur les éléments à animer sans devoir tout redessiner, arrière-plan compris, à chaque nouvelle image. elle autorisait également des mouvements de caméra à l’intérieur d’un plan: travellings latéraux grâce à des décors panoramiques,ou avant, grâce à une profondeur de champ créée par la superposition plus ou moins éloignée d’une couche de décor par rapport à une autre.

le style disney…
il se compose de cinq éléments développés de manière systématique tout au long de son oeuvre (pas seulement cinématographique)

1. l’histoire, tirée pour l’écrasante majorité de contes et légendes européennes,
2.
l’universalité des thèmes (la victoire du bien sur le mal, la recherche du bonheur, la punition de la vanité, etc.),
3.
le cercle – tous ses personnages – et pas seulement – étant conçus à partir de cette forme géométrique simple mais parfaite, le monde est un endroit sans aspérité, plus charmant et donc plus propice au bonheur,
4.
l’anthropomorphisation – tous ses personnages sont des animaux – ou des végétaux – humanisés, sans doute pour susciter plus immédiatement la sympathie et adoucir la dureté de certains propos,
5.
l’architecture et les décors, bases indispensables de l’atmosphère des films auxquelles les studios apporteront toujours un soin extrême, sont soit directement empruntés à la réalité (le village de pinocchio est tiré de la cité médiévale de rothenburg, en bavière), soit résultat d’un savant mélange (le château de la belle au bois dormant est un croisement entre les enluminures des très riches heures du duc de berry, les dessins de viollet-le-duc et le château de louis II de bavière).

fortune et déboires…
s’il réussit à bâtir un empire aux couleurs de rêve (américain), disney connaît malgré tout à travers ses films des fortunes diverses: son premier long-métrage, blanche-neige et les sept nains (1937), lui vaut le premier oscar de l’histoire du cinéma dans cette catégorie; fantasia, gigantesque entreprise de vulgarisation, et pinocchio, fable morale, tous deux produits en 1940, seront par contre des échecs commerciaux. il faudra attendre le début des années 1960 et les 101 dalmatiens pour donner aux studios, sous l’impulsion de ken anderson (et contre l’avis de disney), un nouveau style graphique. dès les années 1950, il laisse à d’autres la production des dessins animés pour se consacrer à la construction d’un rêve bien plus ambitieux (et lucratif) qui fournira à son tour du rêve aux familles américaines: un parc d’attractions du nom de disneyland, ouvert en 1955. parallèlement, l’homme de peu de culture qu’il est apporte sa pierre à l’édifice éducatif américain en produisant notamment de très nombreux documentaires animaliers. paradoxalement, c’est à l’apogée de sa popularité que walt disney commence à être décrié pour son conformisme et son moralisme aseptisé. il le sera plus encore lorsqu’il affichera ses convictions anticommunistes, puis sa sympathie pour le maccarthysme.

rareté…
à signaler également une rareté inconnue du grand public et présentée vers la fin de l’exposition: l’association improbable et pourtant bien réelle de walt disney et de salvador dalí. les deux hommes se vouent une admiration réciproque, dalí considérant disney, cecil b. demille et les marx brothers, comme les seuls surréalistes américains. disney profite donc
du passage de dalí à hollywood en 1945, alors qu’il travaille sur les décors de « la maison du dr. edwards » d’alfred hitchcock, pour lui proposer une collaboration. de février à avril 1946, l’artiste catalan travaillera donc avec un animateur maison à la réalisation de ce projet dont toute la presse se moque et qui ne verra jamais le jour. jusqu’en 2003 où roy disney, neveu du « maître de mickey », déterre la centaine de dessins et de peintures subsistant de cette aventure pour en tirer un film de 6 minutes, ovni mêlant deux univers (surtout celui de dalí) très reconnaissables.

disneyet l’art moderne
ce thème est traité à la fin de l’exposition. après roy lichtenstein et andy warhol, qui se livrent, avec des démarches différentes, à un recyclage irrespectueux de l’oeuvre de disney, ce sont plusieurs générations d’artistes qui se l’approprieront pour en livrer une interprétation souvent déconstructive, s’ingéniant à malmener la perfection de la ligne ou à souiller les surfaces pour en gommer la mièvrerie et inscrire le trait disney dans l’esprit contemporain.

une expo intelligente et riche à voir absolument…